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Hébergement

par El-Guellil

A 18 ans, il ne rêve que d'une chose, partir, «ghadi naatiha» lui sonne comme un leitmotiv.

Rien ne lui plait, il n'arrête pas de critiquer son entourage, même ses parents... il est là, par hasard... selon lui, il aurait dû naître là-bas, et pendant que ses camarades préparent l'examen du bac, lui n'arrête pas de dire « à quoi ça sert puisque ghadi nemchi, je pars, naatiha ».

Bien sûr, il rate l'examen et décide de quitter le lycée, puisque de toute façon « ghadi yaatiha ».

Au quartier, il n'arrête pas de parler de ses projets « là-bas », et bien sûr ne travaillant pas, il gratte. C'est tantôt unu clope, un café tantôt, en promettant de les rembourser... elhih, là-bas et en mieux, bien sûr.

A 20 ans, il rejoint le service militaire avec plus d'enthousiasme que les autres. Pour lui, c'est le dernier obstacle avant ma yaatiha... il a besoin de la carte militaire pour quitter le bled. En caserne, incognito, il se présente déjà comme un émigré... Il prend des accents et n'arrête pas de raconter comment il vivrait elhih... d'ailleurs, même sa présence sous les drapeaux est une aventure...

A 30 ans, seul lui manque le... certificat d'hébergement que va lui envoyer son amie, occidentale, qu'il a rencontrée au coin du PC, sur Internet.

A 40 ans, ses copains, trop occupés, n'ont plus le temps de l'écouter.

A 45 ans, il accepte plein de petits boulots, n'arrêtant pas de raconter à ses clients que sa situation n'est que provisoire et d'autres histoires.

A 70 ans, à la sortie de la mosquée, il parle à un voisin qui venait d'accomplir la prière avec lui : « tu sais ça c'est pas une vie machi bled, moi je ne vivrais jamais ici, bientôt je recevrais mon certificat d'hébergement et je quitte ce bled... ghadi naatiha.

Il avait 75 ans, quand son voisin, sans grandes pompes, se pointe aux pompes funèbres pour retirer son certificat... d'inhumer. Depuis le temps qu'il voulait partir...