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![]() «... tu sais, moi je voudrais bien ne plus parler de politique ni de Bouteflika, ses frères, ses petits-fils et ses produits dérivés. Chaque fois que j'en parle, c'est comme si j'avalais une « sortie-de-bain » sec, et je ressens la nausée. Je voudrais bien parler à mon fils de ses arrière-petits-fils qu'il va fabriquer s'il rencontre l'amour, ou rencontrer un ami et partager avec lui mon visage ou regarder des arbres consolider la terre, mais je n'y arrive pas. Lorsque le matin je sors de chez moi, la première chose que je vois c'est une route mal faite avec un dos d'âne fait par des ânes et c'est déjà de la politique. Je m'explique : si la route est mal faite, c'est parce que l'entreprise qui a été choisie pour le faire l'a été par des gens qui ne sont mes élus. Et si ces gens ne sont pas mes élus, c'est parce qu'ils ont été désignés par des gens qui se sont désignés eux-mêmes indépendamment de mes choix. A la fin, c'est parce que Bouteflika a été choisi par les « siens » avant de l'être par moi et mes semblables, qu'il peut se permettre de désigner qui il veut. Des gens qui font ce qu'ils veulent et donc des trous et des dos d'âne là où ils veulent. Les partis politiques ne me représentent pas, ni les députés, ni les sénateurs, ni les maires. Que me reste-t-il ? Le trou et le dos d'âne sur ma route. A la fin, je ne peux pas ne pas parler de Bouteflika et de la politique. C'est un ami qui me l'a raconté : sur un tronçon de l'autoroute Est-Ouest, vers Alger, une aire de repos. Avec quoi ? Avec un banc et le portrait de Bouteflika. « Où est le repos ? » m'a dit mon ami. « Dans la tombe », lui répondent les ancêtres, la bouche fermée par le sable et les racines. Tout est lié à la politique. Sauf moi, mes enfants, ma femme, mes voisins et mes soucis. A la fin, on se trompe un peu : on croit que la « politique » c'est les partis, la fraude, les élections ou l'ENTV. Ce n'est pas vrai : la politique c'est la route, les trottoirs, le guichet de la mairie, le facteur qui ne veut plus monter les marches et se fatiguer, le policier à la chemise trop sale pour représenter un pays indépendant, l'accusé de réception qui ne vient pas, le chéquier qui met des années et les appels d'offres propres. Les politiques n'en parlent pas et ne parlent que de Bouteflika. Bouteflika parle du destin et de l'Algérie. Mais personne ne parle de la qualité du goudron et de l'hygiène des serveurs dans les cafés et du devoir de se laver les mains avant de manger. Il n'y a que moi qui en parle, mais je n'ai pas de parti, ni de chefs, ni de télévisions, ni d'autres moyens de communication que le soupir. Alors je reste seul avec mon drapeau, le tiers de l'Indépendance encore valable, du mauvais goudron en guise d'avenir et cette habitude nationale de chercher l'Algérie là où il y a le moins d'Algériens possible. C'est ce qui me reste de la politique lorsqu'elle a presque tout mangé...» |
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