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L'enseignement universitaire en ligne en Algérie durant la période de confinement dû à la pandémie du COVID-19: Entre bricolage et réalité du terrain

par Fayçal Kharfi*

Depuis son apparition, la pandémie du COVID-19 a incité plusieurs universités dans le monde à recourir à l'enseignement en ligne, parfois juste électronique et à distance, pour tenter de sauver l'année universitaire avec des moyens disproportionnés entre nord et sud. Notre pays et nos universités n'ont pas échappé à ce choix et se sont vues impliquer dans cette alternative avec des moyens de bord et une prédisposition qui ne tarderont pas à monter leurs insuffisances dans l'accomplissement de cette tâche. Bien que l'enseignement en ligne a pris plusieurs formes et s'est servi de tous les moyens de la technologie de l'information et de la communication (TIC), ce mode d'enseignement suscite toujours une certaine réticence de la part des étudiants et demeure problématique quant à sa capacité à assurer certaines activités d'enseignement dispensées en présentiel comme les travaux dirigés et les travaux pratiques.

Les comités pédagogiques de ce début d'année universitaire et les échos recueillis chez certains collègues nous rendent vite à l'évidence que l'actuelle tentative de lancement à grande échelle(en urgence) de ce mode d'enseignement n'a pas réussi à satisfaire tous les objectifs pédagogiques escomptés.

Les causes de cet échec sont de plusieurs natures et peuvent s'étendre depuis la non disposition psychologique des étudiants, et même des enseignants, qui ne leur a pas permis de s'impliquer facilement dans ce mode d'enseignement, en passant par les moyens techniques et pédagogiques relativement non appropriés (outils audiovisuel dédiés à l'enregistrement professionnel des cours; formats de cours non appropriés, manque de formation chez les enseignants...), pour finalement arriver sur certaines limites propres à ce mode d'enseignement et sa capacité à concurrencer l'enseignement en présentiel.

Pour s'établir comme un mode d'enseignement efficace et attractif, l'enseignement en ligne confronte encore dénombrable problèmes. Nous citons, ici, les problèmes majeurs à surmonter impérativement pour se prétendre à l'accomplissement d'un minimum d'objectifs pédagogiques par ce mode d'enseignement. Ces problèmes sont:

1. Le problème du contenu : le contenu non adapté à l'enseignement en ligne, qui est censé améliorer l'apprentissage en classe, peut constituer une source d'ennui pour l'étudiant. En effet, si l'enseignant se contente de numériser le contenu de son cours classique avec l'inclusion de quelques tests à choix multiples ; ceci ne va constituer guère une façon efficace pour impliquer et attirer l'étudiant.

Le cours aménagé de cette façon va, certainement, provoquer l'ennui chez l'étudiant et va aussi altérer son engagement et sa motivation pour le suivre. Ceci constitue, donc,l'une des majeures causes pour que l'enseignement en ligne échoue. Avant de se lancer dans un tel enseignement, l'enseignant est appelé à préparer la version à dispenser en ligne de son cours d'une manière qui le rend dynamique, attractif et interactif.

2. Le manque de contact : Bien que l'enseignement en ligne présente certains avantages par rapport à l'enseignement en présentiel, le fait d'être dispensé à distance et en ligne lui confèrent aussi certaines limites et inconvénients. En effet, le manque de contact humain, l'absence physique de l'enseignant et l'incapacité de discussion entre camarades de classe sont inconvénients pour ce mode d'enseignement. En effet, l'espace virtuel peut, parfois, paraitre trop petit pour l'étudiant et le besoin d'espace physique qui lui permet d'avoir des réponses à toutes ses questions et de s'entraîner avec de vrais outils se fait très vite ressentit. Pour pallier à ce sérieux problème, il faut favoriser autant que possible l'interaction personnelle dans le monde virtuel et encourager les étudiants à s'organiser entre eux comme sur les réseaux sociaux pour s'entraider dans la compréhension du cours et la résolution des problèmes auxquels ils sont confrontés. Pour la pratique, un travail colossal reste à prodiguerpour ce mode d'enseignement bien que la présence en salles de travaux pratiques demeure jusqu'à présent difficilement surmontable.Dans ce contexte, le développement de simulateurs pédagogiques de travaux pratiques est une alternative sérieuse et une solution envisageable à développer.

3. Les difficultés techniques : Sur les plateformes dédiées à l'enseignement en ligne, les étudiants rencontrent souvent des difficultés techniques surtout informatique (systèmes d'exploitation mal adaptés, logiciels et lecteurs vétustes, connexion internet faible, moyens d'accès rudimentaires (laptops, smartphones...). Tout cela peut, aussi, influencer l'engagement des étudiants et perturber l'expérience d'enseignement en ligne. Préparer un cours qui s'adapte à toutes ces contraintes techniques s'avère important.

Dans ce qui suit, nous essayons d'examiner l'impact qu'entraînerait,sur l'enseignement, le remplacement,complet ou partiel,du mode d‘enseignement en présentiel par le mode d'enseignement en ligne et ce, que ce soit en situation normale ou d'urgence. Dans ce contexte, la question qui demeure d'intérêt est la suivante: la virtualisation de la relation spatio-temporelle directe entre étudiant et enseignant n'aurait-elle pas des préjudices sur la l'apprentissage et la transmission des connaissances? Autrement dit, quelle est la place et l'apport de ce mode d'enseignement ? Pour moi, sans doute, l'apprentissage en ligne ne saurait être une alternative pour remplacer complètement l'enseignement traditionnelle en présentiel. En effet, il faut surtout penser à un enseignement intégré qui utilise les deux options avec une exploitation optimale de toutes les technologies de la communication électronique disponibles. Les universités algériennes, ne disposant pas toutes de plateformes d'enseignement en ligne à caractère professionnel, se sont vues recourir aux visioconférences et à la mise à disposition des étudiants de supports de cours électroniques et ce, juste pour maintenir un minimum de fonctionnement durant la période de confinement dû au COVID-19.Par ailleurs, l'expérience a, aussi, montré que les plateformes d'enseignement en ligne, actuellement utilisées dans certaines universités algériennes comme «MOODLE», restent insuffisantes pour fournir à l'enseignant les moyens nécessaires à la transmission du savoir surtout pour le cas des sections à grands nombres d'étudiants. D'autres universités ont eu, aussi, recours à l'utilisation de ZOOM et Google-Meet pour dispenser les cours aux étudiants, mais malheureusement ces moyens de communication vidéo et de partage de fichiers de plusieurs formats ne pouvaient, en aucun cas ,se constituer comme des plateformes d'enseignement en ligne. L'utilisation des plateformes d'enseignement en ligne professionnelles en Algérie bascule toujours entre démonstration des avantages pédagogiques et difficulté d'appropriation des outils nécessaires. De plus,les objectifs pédagogiques à atteindre par l'introduction de l'enseignement en ligne n'ont jamais été fixés ni élucidés d'une façon objective pour savoir jusqu'à quel niveau et dans quelle proportion ce mode d'enseignement est en mesure d'intervenir dans l'enseignement supérieur.

Finalement, il est vraiment primordialde se pencher sur l'adoption correcte et efficace du mode d'enseignement en ligne pour lui procurer cette faculté d'attractivité envers les étudiants et pallierau désintéressement ressentiactuellement.

*Professeur de Radiophysique à l'université Ferhat Abbas-Sétif1.