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La légitimité des nominations

par El Yazid Dib

Si le Wali est par définition le dépositaire légal de l'autorité de l'Etat, sa nomination est du domaine des attributions discrétionnaires présidentielles. Il y a donc dans ce mini redéploiement des débats sur sa légitimité, son tempo, son recto et ses candidats.

Sur ce subit mouvement dit partiel, plus d'un s'interroge sur l'attribution légale de l'autorité investie du pouvoir de nomination. Car la nomination dans ce corps préfectoral est une exclusivité du président d'une république et non d'un chef d'Etat de surcroit intérimaire. D'un autre coté le temps précis survenant en pleine tangage systémique n'est pas tout indiqué pour procéder à un tel mouvement qui ne se justifie aucunement. L'urgence revendicative est dans le déracinement de ce système. Elle n'est ni dans la convocation judicaire et ses multiples auditions, ni dans l'incarcération, ni dans le tourbillon des fakenews. C'est ce principe fondateur du Hirak qui requiert que l'on doit s'occuper beaucoup plus des sorties de crise que d'en faire dans l'usuel et même l'inutile. Changer un Wali par un autre dans une situation peu ordinaire ne tend pas à obéir à des objectifs de bonne gouvernance ou de bonne production de service public.

Ce mouvement est intervenu concomitamment à la tenue d'une réunion provoquée par le chef de l'Etat sensée regrouper des « personnalités nationales » et des « forces politiques » tendant vers la projection d'un avenir incertain. Il n'en fut rien. Dérisoire et dérision. Bensalah , occupé à faire ses conversations et tisser ses adhésions pour croit-il les élections du 4 juillet , n'aurait pas la tête à la faire plonger dans un truc de collectivités locales qu'il ne maitrise pas. Sinon de par sa composante, l'on sent la touche essentielle de Bedoui. Connaissant tout le personnel de l'intérieur - ayant été Wali plus d ‘un quart de siècle, ministre de l'intérieur plus de trois ans – l'homme, premier ministre passerait pour être derrière toutes ces promotions, ces limogeages et ces permutations. Il aurait pu prendre son audace, partant pour partant qu'il est à aller au fond des choses. Faire table rase. Ramener des visages nouveaux et jeunes qu'il n'a ni croisés, ni ne sont inscrits sur son répertoire et qui font pourtant l'administration publique d'en haut et d'en bas et qu'un certain paternalisme et entremise obsolètes n'aient pu les faire accéder au giron des gouverneurs de provinces. Il devrait en guise d'ultime baroud pour son honneur flétrissant s'éloigner de son intime aréopage qui ne pèse pas lourd et manque de gabarit pour l'occupation du poste de Wali.

Touchant quelques wilayas où rien ne semblait faire survenir un impératif d'ordre public, à l'exemple de Sétif où le travail se faisait sereinement en silence, à l'exception toutefois de la capitale où Zoukh en ayant un bilan, disons-le positif, en enregistrant un taux appréciable d'hilarité ; ce mouvement aurait été judicieux s'il avait brassé bien d'autres wilayas. Ni Oran ne semble bien gérée, ni Bejaia malgré les coups d'éclats fluets, ni Tizi Ouzou malgré les coups de charme fugaces d'un ex-récent Wali trop suffisant et qui porte mal son nom, ni encore les wilayas du grand sud qui souffrent de l'indifférence. Pour les nouveaux récipiendaires, leur profil ou leur cursus suggère, pour certains toute une foultitude de non dits. L'avenir va certainement permettre de pouvoir percer à bon escient tous les mystères. Les critères sélectifs présidant à l'affectation d'un tel à telle wilaya sont du secret des dieux, quoique sournoisement lisibles et déchiffrables par les observateurs invétérés. L'on y sent énormément l'obséquiosité en lieux et places du brio et du talent. Loin d'une feuille de notation à dresser par les chiffres et la statistique, le sens populaire a été érigé en meilleur évaluateur. C'est cette évaluation participative qui doit se hisser pour se confondre dans les paramètres de la performance. Le Wali de Batna, nommé à Alger semble avoir reçu la confiance et l'assentiment de ses concitoyens.

Zoukh est parti. Lui et ses ardeurs dynamiques. Ses sorties ubuesques et sa hargne à gagner tous les mérites. S'il était à sa charge un outil d'exécution docile aux mains du clan, dit-on, il était à sa décharge un os dur chez les autres. Les cercles immédiats et de moyenne influence. Un homme opiniâtre. Mais comme Bouteflika ou tout autre responsable algérien, il a ensemencé ses terrains. Il reste, à le faire suivre par ceux qu'il a semés et placés dans des axes décisionnels dans l'espace du fonctionnariat algérois. Ces gens tapis à l'ombre, agissant sans procuration, à l'œil et au doigt de son humeur ou de celle qui leur était suggérée et aux dépens le plus souvent de la loi et à l'excès de l'insouciance partagent entièrement la mise en responsabilité de ses actes. Bref, lui est maintenant entre les mains de l'histoire, elle s'en occupera. Eux ils seront pointés du regard des uns et des autres. Les jours à venir le diront.

En somme le remaniement des Walis, en ce moment où toute légitimité est décriée et déblatérée chaque vendredi a été d'une mollesse qu'il n'a pu outre l'effet d'annonce, créer l'événement plus qu'il n'a engendré de gros débats sur sa légalité, son tempo, ses lieux et ses candidats. Bref, quel que soit le titulaire maintenu, réagencé ou installé dans la faveur de ce de pouvoir trop précaire, les ferveurs et les affres du métier feront que cette «promotion» finira par devenir instantanément une procédure de mise en otage volontaire. Au fur et à mesure de la progression de son plan de carrière, le fonctionnaire «promouvable» ira, sans gêne et avec beaucoup d'efforts, vers les actions devant lui permettre de se constituer «prisonnier» dans la geôle du système. Notamment durant ces temps d'une révolution populaire tenant à ses radicales revendications du départ de tous !

Certainement qu'un nouveau rôle est à attribuer à ces Walis. Loin du développement global, du suivi comptable des projets, la création de l'emploi ou la simple consommation de crédits ; il se situerait dans la contenance du Hirak, la réduction des tonalités du mouvement populaire et les prédispositions électorales de juillet ou d'une autre date. Survivront-ils cependant à la demande persistante et percutante du départ des deux B ? Survivront-ils à la mince probabilité de l'échéance dans deux mois du 4 juillet ? Ils sont ainsi, à leurs dépens par logique de régime, pour cause d'utilité publique, par souci de contentement populaire condamnés à partir très bientôt.

Enfin, si l'on voulait se placer dans un ordre constitutionnel quoique interprété d'une certaine façon ou donnant l'apparence de respect des règles usuelles de la république en la matière, ne fallait-il pas attendre le rétablissement normalisé de cet ordre et la venue du nouveau gouvernement qui s'en suivra et d'adopter les mesures nécessaires qui s'imposeraient d'elles-mêmes ? Beaucoup de Walis sont ainsi partis et autant sont autrement venus, ou revenus. En marge, cette foule sans visage qui navigue à la pertinence de la rumeur et s'initie déjà à la précocité de l'évincement et de la retraite tardive. Et d'elle, vers une autre précarité. L'oisiveté. Le vide après le remplissage mondain. Ainsi la fâcherie gratuite, l'hyper-orgueil et le déni des siens ne sont pas les provisions indispensables d'une bonne recette pour une sereine fin de carrière. Assumez, et rompez les rangs, alors que vous pouviez rompre tous les silences. Un Wali ne doit plus être un élément dans un enjeu politique ou faire guise d'opérateur auxiliaire à une quelconque rive de pouvoir. Il ne doit sa nomination qu'à la république et c'est envers elle qu'il doit demeurer redevable, loyal et responsable. Hélas l'on est loin de ce conte, oui de ce conte que l'on espère vivre incessamment, sans ces hommes aux reflexes itératifs et excessifs de fakhamatouhou.