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Fierté, honneur et rigueur

par M. T. Hamiani

La fierté porte deux bras, l'un est fait de justice, l'autre de mesure. La fierté n'aime pas l'exagération, elle se porte avec modestie, elle se veut le reflet fidèle de qui la proclame, ni plus ni moins, elle est un miroir de la réalité.

La fierté a ceci de singulier qu'elle ne fait pas d'ombre autour d'elle, ceci aussi qu'elle ne dérange personne sauf les jaloux, mais alors ce n'est pas son problème. D'ailleurs, elle n'a aucun problème dont elle ne puisse venir à bout car elle est dotée d'une force étonnante, elle que l'on méconnaît pourtant à peu près complètement, ce qui n'est pas le plus surprenant de cette affaire. Car elle est prodigue, plus on en use plus on en a, elle qui prend ainsi la forme d'une corne d'abondance. La fierté n'est pas tapageuse, elle ne fait pas de bruit, et quand elle vole elle éteint ses moteurs puis elle plane jusqu'à sa destination. Elle est heureuse mais sans ostentation pour ne blesser personne car elle est aussi soucieuse du bien d'autrui. Elle, elle ne veut de mal à personne et si elle fait la leçon à qui que ce soit c'est par son seul exemple car elle est muette quant à son rôle dans la vie de qui l'arbore. La fierté aime les médailles et ne refuse pas les galons, attendu par toutes et tous qu'elle les a mérités, car la fierté ne refuse ni les responsabilités ni le gros ouvrage.

On est libre ou on ne l'est pas, en cette matière il n'y a pas de demi-mesure. C'est soit la liberté soit son contraire, l'esclavage. Le système nous retire beaucoup de temps de notre vie, sans compter le temps passé dans les transports, pour que nous puissions nous assurer un toit, de quoi subvenir à nos besoins, et un véhicule pour nous véhiculer de notre habitation jusqu'au boulot. Nous n'avons jamais voté pour que le système soit ainsi, il s'est imposé comme par magie, et se défend bec et ongles quand on tente de le remettre en question. Le système n'offre pas d'autre alternative que sa propre perpétuation. Que faire ?

Il faut aménager chez soi et autour de soi des espaces de vraie liberté. Et, s'il le faut, résister pacifiquement aux tentatives pour nous les ravir. Après tout, c'est de nos vies dont il est question, elles n'appartiennent à personne d'autre qu'à nous, nous avons le droit d'en faire ce que nous en voulons dans le respect de chacun.

Naturellement, nous ne sommes pas des gens violents ; la violence nous répugne. Elle est l'affaire de la machine totalitaire qui contrôle beaucoup de zones sur terre. Elle n'hésite pas à s'en servir, elle forme des milices, des armées, elle crée des conflits, elle vend des armes, elle est tout en cette matière sauf raisonnable. Et elle étrangle celles et ceux qui ne sont pas d'accord et réclament leurs libertés. Au pluriel, car plusieurs libertés sont maintenant foulées au pied.

Un autre monde est possible mais il va falloir le conquérir. De manière non violente et pacifique, sans abandonner, tout de même, marcher sur les pieds et toujours dans la lutte révolutionnaire des bonnes causes.

La patience est assise, et c'est dans cette position qu'elle traverse les heures, les jours, souvent même des mois, parfois aussi des siècles. Les mains croisées sur les genoux, la patience fait attendre. C'est une meurtrière, elle tue le temps, lequel est la chose la plus précieuse dont dispose l'humain. Perverse, elle se travestit en quelque chose de bien, d'honorable, de souhaitable. Il faudrait, paraît-il, la cultiver. Sauf qu'elle est indigeste comme une allergie, qu'elle démange comme de l'urticaire, qu'elle assomme comme une solide migraine. La patience est une voleuse de temps, lequel est l'essence de la vie.

On la présente comme un art, une vertu, mais alors c'est ceux de barbouiller le présent avec de vieux magazines dans un cabinet de dentiste. Sur le marché des monnaies, elle n'a absolument aucune valeur, même pas celle du salaire minimum, elle est un vaurien, finalement elle est comme un trou noir vers où s'enfuit la vie.

L'honneur se tient à l'avant, à la proue, il est le premier à essuyer les vagues de l'adversité et il en est fier, pas question pour lui de céder sa place. Quand on cherche à le déloger l'honneur tonne et manie la foudre pour nettoyer le terrain où avancent les troupes car l'honneur est un libérateur, c'est par lui que les tyrannies sont renversées. L'honneur porte bien haut un étendard rouge et noir, car c'est un anarchiste qui défend toutes les libertés. L'honneur ne souffre que si l'on porte atteinte à l'une d'entre elles car alors il entre en lutte sans se soucier des conséquences qu'il subit. L'honneur est la première nourriture des esprits libres, et rien ni personne ne peut le déloger des cœurs dans lesquels il palpite. L'honneur est un impair, il ne se divise pas, il faut le prendre tout entier. Il n'économise pas et ne regarde pas à la dépense car pour lui la liberté vaut plus que tout et n'est pas monnayable d'aucune manière. L'honneur est comme ça, à prendre ou à laisser, à laisser pour le déshonneur et la honte qui vient avec.

À l'opposé de la rigueur prévaut le désordre intellectuel et matériel. Les médias de masse nous en fournissent un bon exemple, parmi lesquels règne une cacophonie proprement ahurissante. C'est vraiment n'importe quoi, n'importe comment. C'est tout sauf rigoureux. La réalité y est tordue, ce sont les impératifs du commerce qui prennent la place de la rigueur. La quête de profit mène la barque au gouvernail de laquelle devrait se trouver la rigueur. Toutes les sphères de l'activité humaine sont également affectées. Tout se passe comme si on avait placé l'humanité devant un miroir déformant, et que les gens devaient avaler cette pilule glaciale.

On se réveille avec le goût de parler du respect. On tente d'abord une définition : le respect consiste à conserver une attitude déférente envers les autres. Par attitude déférente, on entend par là qu'il convient de conserver un comportement basé sur la dignité dans nos rapports avec autrui. En tout être humain réside l'humanité avec ses bons et ses mauvais côtés. Nous ne pouvons pas mesurer le degré de dignité qui doit être affecté à telle ou telle personne. Ça ne se calcule tout simplement pas. Alors le respect traite chacun avec la même dignité

Changer un mode de vie basé sur des idéaux ancrés en soi depuis des dizaines d'années est un exercice difficile. C'est comme renoncer à une partie de soi-même, être amputé d'un bras, devoir subitement déménager, perdre sa maison. C'est aussi perdre une raison d'être, renoncer à soi-même, on se sent libéré mais en même temps assez bizarre, on vous l'assure, on ne se reconnaît plus dans le miroir.

Il suffit d'écouter les citoyens, morale et politique ne font pas très bon ménage. Partout, on dénonce la politique. Les hommes politiques seraient plus ou moins corrompus. Les scandales, les conflits d'intérêt, les trafics d'influence, les malversations de toutes sortes seraient monnaie courante au sein de la classe politique. Bref, il semblerait que ce soit l'essence de la politique d'être immorale.

Et inversement, la morale de son côté serait pure, innocente, candide, intègre… et nous-mêmes, comme simples citoyens, prendrions le plus souvent son parti, nous chercherions le bien, et s'il nous arrivait de tricher, ce serait insignifiant, banal et sans conséquence.

Après tout, la politique véhicule aussi des valeurs authentiques comme la justice, la solidarité, la fraternité ; et puis nous connaissons tous des militants politiques très engagés et qui consacrent leur temps et leur énergie loyalement à cette cause.

Inversement, la morale a connu dans le passé comme dans le présent des fanatiques de vertu qui ne furent que des prophètes de malheur. Il suffit de citer l'inquisition, plus près de nous le communisme qui au début était animé des meilleures intentions en voulant réaliser l'égalité parfaite ; mais ce fut au mépris de la liberté. Aujourd'hui l'intégrisme islamiste veut aussi imposer son ordre moral avec les horreurs que l'on connaît. Alors existe-il un projet de société idéale et que reste-t-il au simple citoyen de fierté, d'honneur et de rigueur ?