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Un colloque sur la Palestine

par Paris : Akram Belkaïd

Assister à un colloque à propos de la Palestine est un acte toujours riche d'enseignements.

Celui dont il est question ici s'est tenu lundi 27 novembre dans une salle du Sénat français à l'initiative de l'Institut de recherche et d'études Méditerranée Moyen-Orient (Iremmo) (1). Le premier de ces enseignements, c'est que le sort des Palestiniens continue de mobiliser en France. Une salle comble, des gens assis à même la moquette, voilà qui va à l'encontre de cette petite musique qu'essaient de diffuser les partisans de l'état hébreu laquelle consiste à répéter encore et encore qu'à l'heure des bouleversements du monde arabe, on pense notamment à la Syrie, « la Palestine et les Palestiniens n'intéressent plus personne.»

Une remarque néanmoins. A l'heure où les roitelets du Golfe entendent s'offrir à Netanyahou et consorts, on aurait aimé une présence d'origine maghrébine ou arabe plus affirmée à ce genre de rendez-vous. Certes, l'horaire et le jour de la manifestation peuvent expliquer que l'on ne puisse s'y rendre. Il n'empêche, ces absences que ne saurait compenser un clicktivisme pro-palestinien effréné sur les réseaux sociaux apportent de l'eau au moulin de celles et ceux qui, variante à la petite musique évoquée ci-dessus, entonnent l'air du « la Palestine n'est plus un sujet de mobilisation pour les Arabes. » Un message tendancieux auxquels quelques personnalités, notamment algériennes, donnent du crédit en faisant régulièrement l'éloge, au demeurant très intéressé, de la « seule démocratie bla-bla-bla… »

Mais revenons au colloque et aux propos que l'on a retenu et dûment notés. Il y a ceux d'Amira Hass, grande journaliste israélienne, correspondante du journal Haaretz à Gaza puis à Ramallah. Pour elle, l'image de « milliers de bus emmenant vers l'est (Jordanie) ou vers le nord (Liban) des dizaines de milliers de Palestiniens [de Cisjordanie] » n'est plus une projection ou une prévision « obscène » mais une possibilité qui relève désormais du réel. Autrement dit, ce que la gauche israélienne n'a jamais pensé possible, le gouvernement actuel d'extrême-droite – car telle est sa nature réelle – est capable de le faire. Même Elias Sanbar, écrivain palestinien et ambassadeur de la Palestine auprès de l'Unesco le dit. Après avoir longtemps cru qu'un tel événement était impossible, le voici qui affirme qu'une nouvelle « Nakba » - la catastrophe de 1948 avec ses centaines de milliers de réfugiés – est possible.

En Février 2017, dans les colonnes du Monde diplomatique, Dominique Vidal, journaliste et historien sonnait déjà l'alarme (2). Un processus d'annexion de la Cisjordanie, ou du moins de toutes les colonies qui y sont implantées, est clairement en marche comme en témoigne un projet de loi actuellement examiné par la Cour suprême israélienne. Qui peut croire encore à la situation des deux Etats avec une telle fuite en avant ? Quel cartographe, quel géographe, est capable de dessiner un Etat palestinien cohérent et territorialement continu quand on sait que les colonies – illégales au regard du droit international, il ne faut jamais cesser de le rappeler – ne cessent de proliférer, encerclant les villes palestiniennes, écrasant les bourgs et villages ?

On consigne aussi les propos de Shawan Jabarin, directeur général de l'ONG Al-Haq. Evocation de cette injustice, fruit d'une domination d'un peuple par un autre, qui perdure. Evocation des destructions de maison qui ne sont rien d'autre que des punitions collectives, de ces arrestations d'enfants qui n'indignent guère la communauté internationale. De ces entraves quotidiennes au déplacement, de la situation intenable des Palestiniens de Jérusalem-est qui peuvent perdre le droit de résidence à n'importe quel moment et pour n'importe quel motif. « Je veux avoir le droit d'aller voir les miens à Gaza quand je le veux et sans restriction » résume de son côté Hala Abou-Hassira, première conseiller de la Mission de la Palestine en France qui rappelle dans quelle situation dramatique se trouve cette prison à l'air libre.

Ayman Odeh, Palestinien de 1948 (expression que l'on préfèrera à celle d'Arabe israélien), et élu à la Knesset, permet de réaliser que la gauche israélienne n'existe plus ou presque, elle qui soutient aujourd'hui la poursuite du processus de colonisation. Elle qui reste bien timorée devant la volonté du gouvernement de mettre au pas les ONG en s'attaquant à leur financement pour les empêcher de témoigner de la situation en Cisjordanie. C'est le cas de B'tselem dont les images de brutalités des soldats israéliens à l'encontre des Palestiniens sont si souvent partagées sur les réseaux sociaux. « Nous sommes directement visés » confie Hagai El-Ad, son directeur exécutif.

On lit souvent que la paix n'a pas été possible entre Palestiniens et Israéliens en raison des premiers, et notamment de feu Arafat. En réalité, on est en droit de se demander si la gauche israélienne n'est pas la vraie coupable. Ou du moins celles et ceux qui se réclament, ou réclamaient, du camp de la paix. Mais une paix à leur convenance et sans reconnaissance du profond traumatisme et des dommages infligés durant sept décennies aux Palestiniens. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter l'historien Zeev Sternhell ou l'ancien ambassadeur d'Israël en France Daniel Shek. Pas de retour des réfugiés, pour le premier, les Palestiniens doivent accepter le réel (autrement dit l'actuel état de fait) pour le second. Le message est simple même s'il est délivré de manière plus policée que ne le ferait la droite israélienne : ce qui a été pris aux Palestiniens ne sera jamais rendu…

(1) Colloque « Israël-Palestine : que la France s'engage ».

(2) « Cisjordanie, de la colonisation à l'annexion. La droite israélienne enhardie par la nouvelle administration américaine », Le Monde diplomatique, février 2017.