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Qu'en sera-t-il à présent des promesses pré-électorales ?

par Farouk Zahi *

Les promesses des grands (politiciens) abusent les petits bien souvent (citoyens). (Proverbe français).

Au lendemain du scrutin des élections communales du jeudi 23 novembre 2017, beaucoup se sont réveillés avec la gueule de bois des lendemains de fête bien arrosée. Seuls, quelques heureux élus gouteront à la joie de la victoire qu'ils croient avoir méritée. L'installation officielle vite évacuée, il faut se consacrer pendant quelques jours à recevoir les congratulations des proches, amis, des hommes d'affaires et autres entrepreneurs et de simples électeurs qui veulent marquer par leur présence leur fidélité à l'heureux élu dans l'espoir d'en tirer un éventuel dividende, si toutefois, celui-ci s'en rappellera un jour. Et c'est, généralement, en ce moment précis que commenceront à se nouer les alliances qui permettront d'inaugurer le couloir vert pour l'accès à la citadelle municipale. L'équipe précédente et dont on chantait les mérites est vite oubliée. Celui à qui, l'avant-veille, on saluait avec déférence, est à l'instant même entrain de cuver son amertume devant autant d'ingratitude de la part de cela mêmes qu'il a portés aux nues de la notoriété. Parmi eux, il y aura mêmes des élus qui l'ont accompagné dans son mandat électif consommé.

Le nouvel édile et premier magistrat de la commune comme on aime à le qualifier, ancien fonctionnaire en général, occupant un simple appartement dans un quartier populaire ne pourra, évidemment, pas recevoir tous les convives ; ce sera donc aux « bienfaiteurs » de s'en charger.

Les dons en nature, le plus souvent des ovins sur pied, seront parqués discrètement dans une dépendance pas loin du lieu du festin. Il faut que la bombance touche le maximum d'individus pour s'adjuger la reconnaissance du ventre.

Après l'éphémère éblouissement des feux de la rampe de l'euphorie festive, M. le maire devra se rendre vite à l'évidence que la tâche qui l'attend n'est pas de tout repos comme il le pensait ingénument. A peine installé dans son bureau fait d'un somptueux et grotesque mobilier et de lourdes tentures poussiéreuses par endroits incitant plus au farniente qu'au labeur soutenu, son secrétaire particulier lui déposera un lourd parapheur.

Le secrétaire général, d'une obédience politique concurrente à celle du maire, trouvera un malin plaisir à semer les premières embuches au nouveau maitre des lieux. Il ne fera montre d'aucun empressement pour mettre à niveau le nouveau venu en l'informant. Il fera de la rétention son redoutable joker. Beaucoup de choses resteront hors de portée de la compréhension ou de la connaissance du premier responsable communal. Et c'est en tâtonnant qu'il trouvera bien plus tard son chemin, chemin le plus souvent semé de « bombes à retardement ». Au premier rang des chausse-trappes, les créances publiques et privées détenues sur la collectivité communale. Faudra-t-il aussi que l'on lui explique que celles-ci gère deux budgets distincts, celui du fonctionnement et celui de l'équipement. Sans accompagnement didactique, il s'en mêlera les pinceaux quelques semaines encore si ce n'est des mois.     

De toutes les créances, il aura fort affaire pour que l'entreprise, pourtant publique, de la distribution de l'énergie électrique ne mette sa menace de coupure à exécution. Il survolera avec un œil, d'abord, intrigué ensuite franchement inquiet le reste de l'héritage légué par son prédécesseur. Dans un tenu espoir, il se dira en son for intérieur : « Ils n'oseront jamais couper l'électricité et le gaz à une entité étatique ». Peu sûr de lui, il courra vite entretenir sa tutelle sur l'objet du souci. Arrivé au siège de la circonscription administrative dont relève sa commune, il n'est pas immédiatement reçu car non annoncé. Il devra patienter pour être introduit. Après les salamalecs d'usage du personnel et les quelques amabilités, il trouve le temps long dans l'antichambre commune dédiée au public. Le chef est en réunion de coordination, lui a-t-on dit dès le départ. A mesure que les longues minutes s'égrènent, l'égo de M. le maire en prend un coup. L'heure de la séance du matin largement dépassée, on lui annonce que compte tenu du programme du jour, il ne peut être reçu qu'en fin d'après midi. Sur le chemin du retour, il se remémore la cérémonie de son installation et les envolées verbeuses des intervenants, notamment, celle de sa tutelle directe qui s'est déclarée disposée à l'assister dans sa mission, certes ardue, mais néanmoins noble.

Est-il noble de laisser poireauter une personne de l'âge de son propre père, pendant des heures, pour ensuite l'ajourner ? Se parlant à lui même : « Mais, au fait, le jeune chef de daïra, n'aurait-il pas l'âge de Younès, mon puiné ? ». Dans un bref flash back, il se remémore sa carrière de l'enseignant ponctuel et du respecté chef d'établissement scolaire qu'il a été pendant près de trente années d'exercice. Le voilà, maintenant, à la merci de postures indélicates à la limite de la goujaterie. Il lui faudra, dorénavant, beaucoup de patience pour s'acclimater à son nouvel environnement fait d'injonctions et de brusquerie. Ne sont-ce pas ses propres qualités faites de bienséance, de retenue et de probité intellectuelle qui l'ont menées vers ce podium ? A-t-il fait le bon choix, se demande-il encore ?

Maintenant qu'il est l'obligé d'obscurs personnages ayant parasité sa campagne, il est contraint de les recevoir à tout moment en faisant violence à sa propre éducation et son savoir être. Les chocs émotionnels, il en recevra tout au long de son nouveau cheminement.

La visite à ses services administratifs surpeuplés à souhait, achèvera en lui ce qui restait comme espoir d‘entamer son mandat avec détermination. A la place d'un personnel qu'il pensait être discret et planchant chacun sur sa tâche, il découvrit avec effarement une sorte de foire où les allers et venues incessants et les interpellations tonitruantes ne seyaient pas du tout à la sérénité d'un tel lieu. Habitué à la discipline scolaire induisant ponctualité et assiduité, il devra s'armer de pédagogie et de patience pour redresser la barre du navire pris dans la tourmente de l'insouciance et du laisser aller.

La virée à ce qui est appelé pompeusement « services techniques » et « parc à matériel », ne fera que le déprimer encore. Le cimetière de véhicules et de matériel, pourtant récents, lui fera vite quitter les lieux. Le soir venu, lui qui, jadis, dormait à poing fermé trouve difficilement le sommeil à présent. Se réveillant en sursaut, il revoit ces spectres de carcasses de véhicules éventrés, ces bétonnières rouillées ou ces ronds à bétons dardant leurs pieux vers le ciel. Il revoit cette secrétaire au visage indécemment fardée et la tête à demi couverte par un khimar rouge vif, le bas du corps engoncé dans un collant moulant mâchant bruyamment son chewing gum.

Il a une envie irrépressible de tout jeter en l'air et de crier : « Basta ! Je rentre chez moi ». A-t-il les moyens humains, matériels et par-dessus tout réglementaires, se demande t-il encore pour affronter ces cohortes de jeunes sans emploi ou déjà chômeurs à la recherche d'un emploi qu'il ne peut d'ailleurs offrir sans passer par une série d'institutions et dont les acronymes sont passés dans le langage populaire au lendemain de l'ajustement structurel des années 90. Hormis le célébrissime ANSEJ, d'autres structures ANGEM, ANEM, CNAC sont venues distraire, un tant soi peu, le champ de la morosité socio économique ambiante.  Quant à l'épineux dossier du logement social, ce sera l'arlésienne de notre édile nouvellement investi de prérogatives surestimées par une campagne électorale soporifique vendant du rêve. Se rendant à l'évidence, il ne pourra disposer d'aucun moyen opérationnel pour faire abriter décemment une famille en détresse sans passer par les goulots d'étranglement traditionnels et dont on dit qu'ils sont réglementaires. La détresse humaine ne s'embarrassant point d'actes réglementaires, fera le lit de la rancœur pour mieux nourrir l'émeute. En ce qui concerne les plans de développement, hormis ceux qu'on dénomme communaux, le président de l'Assemblée populaire est, peu ou pas du tout, consulté par les services déconcentrés des différents départements ministériels.

Appelés plans de développement sectoriels, les initiateurs réfutent, généralement, au maire toute immixtion dans le projet implanté dans sa commune à une ou deux exception près : lors du choix de terrain ou de l'inauguration protocolaire. Quant au fonctionnement futur, toute intervention ferait figure de crime de lèse majesté.