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Le débat politique, de la rustre inélégance à l'infamante invective

par Farouk Zahi

«C'est vraiment dommage que 90% des politiciens donnent une mauvaise réputation aux 10% qui restent» (Henry Kissinger)

La classe politique s'ébroue tout comme une classe de petits garnements qui se font des coups tordus en l'absence du maitre. Même le chef d'établissement n'y pourra rien, car reclus dans un bureau aux portes capitonnées. Une désagréable sensation de mal être, même pas ressentie au temps funeste où chacun de nous faisait ses adieux aux proches avant de quitter sa demeure, se saisit de chacun des membres de la communauté nationale devant une telle décrépitude. Au lieu que ces hommes et femmes politiques, tentent de freiner ou du moins ralentir cette inexorable descente aux abysses du dépit, ils alimentent en toute bonne conscience, la « haoucha » (querelle de voisinage) selon le bon mot d'un chroniqueur d'un quotidien arabophone, qui les oppose les uns aux autres. Et au lieu de diriger notre regard vers la lune du sage, nous regardons hébétés le doigt qui l'indique.

Comme si le démantèlement du tissu social impunément commis sous nos yeux par toutes sortes de violences ne suffisait pas, on y rajoute une couche. Avons-nous tenté la simple analyse de ces nouveaux faits de société constitués d'agressivité meurtrière extra et intra domiciliaire et qui touche même les ascendants, ou ces perversions sexuelles qui vont de l'inceste au viol collectif ? Qu'avons nous fait pour que ne naisse pas la haine de soi et de l'autre, l'exclusion sociale et la misogynie ? Quand l'infanticide devient un banal fait divers, quand les accidents de la circulation font bon an mal an, près de 4000 morts et près de 40.000 blessés dont beaucoup d'invalides à vie, quand des meutes de jeunes se livrent des batailles médiévales que faut-il attendre d'une classe politique qui n'a d'yeux que pour le Palais présidentiel ?

L'émeute n'étant plus l'apanage de la rue, nous en usons dans les travées du parlement pour faire imposer notre seul point de vue, même si nous avons accepté, préalablement, de respecter les règles du jeu. Faut-il rappeler que les règles de la démocratie sont ainsi faites depuis la Grèce antique ? Ceci concerne la forme, le fond quant à lui fait partie de ces espérances nourries et trahies au nom d'une légitimité historico-partisane quitte à user de gros bras pour imposer la soumission. En tout cas, l'Etat civil tant galvaudé ne semble pas être pour demain.

A ce propos, alors que tous les mentors politiques chantent les vertus de cette arlésienne démocratique, on ne permet aucune liberté de penser ou d'écrire quand l'objet ne sied pas à sa propre vision des choses. Non mandaté, on s'érige en gardien du temple quitte à invectiver voire avilir au mieux qu'on peut celle ou celui qui apporte la contradiction. Et dire que la presse et les médias lourds que sont la télévision et la radio, rapportent et gracieusement tous les verbiages à la limite de l'ordurier proférés sans vergogne par des leaders autoproclamés ou dont la légitimité est à peine passable.

Le discours politique est par essence policé, il a pour lieu d'exercice la tribune et non pas le ring. N'a-t-on pas subi ces temps derniers des écarts de langage ou l'adversaire politique était traitée de gallinacée qui couve des œufs qui n'écloront jamais ou cette diatribe mal venue et concernant la lettre ouverte d'un ancien haut cadre de la Nation qu'il assimile, non sans dérision sarcastique, au célèbre poème « Rissala min tahti el maa » de Nizar Kabani ? Cette lettre ouverte, qui était somme toute l'expression d'un sentiment personnel, a soulevé un tollé général que des portes voix ont considérée comme une violence faite à l'Etat de droit et à la démocratie. Rien que çà ! Cette personnalité mise à l'index et qui a mis, durant de longues années sa propre vie et celle des siens en danger au service du pays, n'a-t-elle plus le droit de s'exprimer ou serait-elle la seule à être bâillonnée par l'obligation de réserve ?

Que le directeur de cabinet de la présidence de la République s'exprime, il est tout à fait dans son rôle, mais que des seconds couteaux animent un débat stérile là, il faut y mettre un terme et au plus vite. Les jacasseries intempestives ne feront qu'exacerber les tensions déjà prégnantes et qui ne feront que faire tanguer d'avantage le navire dont la perte de contrôle pourrait être fatale. Dans le registre du dithyrambique, un chef de parti et ministre de son état, dit avoir été mandaté par le Chef de l'Etat pour transmettre ses salutations à la population d'une région qu'il visitait et lui faisait, même, dire que le « mardoud » local lui manquait ! Se peut- il que la déliquescence politique ait atteint les strates insoupçonnées de la médiocrité ?

Ne se rend-on pas compte que l'environnement géopolitique défavorable dont les bourrasques ou plutôt les «Tempêtes du désert» peuvent disloquer des nations autrement plus anciennes que la nôtre, n'a jamais été aussi propice qu'en ce moment où la chamaillerie enfantine est devenue un jeu d'adultes immatures ?

La scène économique n'est pas mieux lotie ; elle est le théâtre de joutes verbales indignes des personnalités qui les alimentent et on ne sait pour quel dessein. Un expert en économie de renom est « remis à sa place » par un membre du gouvernement et dont le crédit auprès de l'opposition est mis à mal par les fameux articles 66 et 71 de la Loi de finances 2016. Pendant que le fleuron de l'industrie nationale de l'automobile (SNVI) est étranglé par une crise budgétaire aigue, un panel de chefs d'entreprises nationaux était au chevet de l'industrie automobile moribonde de Détroit (USA). Il proposerait même une bouée de sauvetage de 265 milliards de Dollars US. Le ministre de l'industrie qui conduisait la délégation, a revu la cagnotte à la baisse car selon lui, les américains auraient fait une mauvaise interprétation de l'offre qui s'élevait en réalité à 165 millions de Dollars US seulement. Aussi quelle ait été l'intention, l'adage ne dit-il pas : charité bien ordonnée… ?

A quoi serviraient donc, toutes ses facilitations consenties par la LF 2016 et celles qui l'ont précédée au privé national pour investir en intramuros s'il envisage de le faire sous d'autres cieux ? L'économie nationale n'est-elle pas un sujet de préoccupation majeure pour fédérer toutes les énergies disponibles à l'effet d'éviter le naufrage annoncé ? On parle déjà, d'un baril à 20 Dollars US à l'horizon 2020. Donc, la fin de la déprime n'est, malheureusement, pas pour demain.

Le devenir du pays n'est pas un jeu de logo où l'on s'essaie d'emboiter les pièces l'une à l'autre pour enfin s'en détourner par lassitude et vaquer à autre chose. Nul n'est légataire universel de ce bien patrimonial, qui ne peut appartenir qu'à ceux qui le portent dans leur cœur et le défendent contre toute velléitaire spoliation. Nous n'avons que ce pays pour ultime refuge. Les gourous d'une fourberie idéologique dite anti -colonialiste et qui ont acquis des fortunes colossales sur le dos de la vache à lait, sont ou seront, résidents de Saint Denis ou de Neuilly après forfaiture consommée. Aussi, les discours désuets renvoyant à la proclamation de Novembre 1954, les sacrifices de tout un peuple martyrisé par la machine de guerre de la force d'occupation, ne sont que des anesthésiants précédemment éprouvés, mais d'aucun effet présentement. Les Chouhada, auraient-ils imaginé que leur martyre constituerait, un jour, un sujet de flagornerie dans le registre de l'entrisme et de l'opportunisme ? Assurément pas !

Le corps social refuse et rejette l'endormissement, car les apprentis sorciers ne pourront pas taillader dans le vif. L'aimable lecteur aura remarqué cette profusion de phrases interrogatives dans le texte car le chroniqueur, sans couleur politique aucune, en butte à une kyrielle de questionnements, ne présage d'aucune sortie de crise en dehors de la concertation. Le salut ne viendra que du seul dialogue serein expurgé de toute surenchère partisane ou clanique.