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Sanction et vengeance !

par Mohieddine Amimour *

La majorité des commentateurs du massacre de Charlie Hebdo ont assimilé le drame aux explosions de New York, en septembre 2001.

Les médias ont joué un rôle capital et déterminant dans le façonnage de l'opinion publique, et ça mérite d'être bien analysé. Mais la tentative d'analogie est à prendre avec précaution. Certes, les deux évènements représentent un tournant dans la vie des deux nations, mais l'explication officielle de ce qui s'est passé à New York n'a plus aujourd'hui la crédibilité qu'elle avait suite à l'évènement spectaculaire. Un élément essentiel est à retenir dans la comparaison.

Les attaques de New York ont été menées, nous disait-on à l'époque, par des étrangers aux États-Unis, c'est-à-dire des Arabes, mais l'acte criminel de Paris, nous dit-on aussi avec insistance, a été commis par des Français d'origine algérienne. On insiste sur l'origine algérienne, bien que les assaillants soient nés en France, élevés en France et instruits en France. A l'Hexagone, on tient souvent à rappeler l'origine maghrébine des criminels, et passer cette origine sous silence quand il s'agit d'un éminent sportif ou d'un illustre artiste. Là, on se contente de dire brièvement qu'ils sont Français.

Un autre élément à noter, c'est l'insistance sur le qualificatif de « djihadiste » ou « intégriste islamique ». Ce qui n'est pas toujours innocent.

Ceci dit, personne ne peut approuver un acte criminel perpétré contre qui que ce soit, et personne n'a le droit de justifier cet acte ou de lui trouver des circonstances atténuantes. Néanmoins, une analyse sereine s'impose pour éviter la répétition de ces actes, notamment s'ils sont suivis par une répression, physique, verbale ou morale contre les musulmans d'une façon générale, et les Magrébins en particulier. Ce qui résulte, comme nous l'avons constaté ces derniers jours, à des scènes pitoyables de certains représentants de l'Islam, dit républicain, qui semblent vouloir pousser l'ensemble des musulmans à des actes d'autoflagellation ou à des excuses misérables, qui peuvent être interprétés comme l'expression d'un complexe de culpabilité .

Ce sont ces données qui orientent mon analyse, qui vise à inviter l'Occident à bien examiner les faits, s'il veut bien se protéger du terrorisme, du vrai terrorisme.

ANALYSONS LES DONNEES ET LES FAITS

La société magrébine est, en général, une société patriarcale. Le père est le guide de la famille. Les pères de familles émigrées ont essayé de garder un certain degré de discipline familiale, pour pouvoir veiller sur leurs enfants, mais ils étaient confrontés à des mœurs complètement étrangères à leur mode de vie. Les enfants, notamment les filles, se sont éloignés de leur autorité paternelle. Ils ont profité de la protection de la société d'accueil, voire même de l'encouragement pour outrepasser l'autorité paternelle, qualifiée d'archaïque et de sous-développée. Beaucoup de jeunes, émerveillés par cette liberté, ont même bafoué l'obligation du respect. Je rappelle qu'en Algérie, à un moment donné, le frère cadet ne marchait toujours qu'avec quelques pas de recul de son frère aîné. Un garçon ne fumait jamais devant son père. Tout cela et beaucoup d'autres habitudes, synonyme chez nous du respect, ont été piétinées dans la société occidentale, qui n'a pas donné aux jeunes émigrés les mêmes conditions de vie de leurs semblables français. Au même temps, les jeunes Magrébines en général n'ont pas trouvé une référence idéologique ou morale qui remplace le rôle de la famille, c'est là où l'alcool et la drogue ont fait leur chemin destructeur. Comme c'est le cas dans chaque regroupement, un chef, généralement le plus agressif, pouvait s'imposer pour guider la meute sur le chemin de la délinquance

Je ne trouve nul besoin de rappeler la situation peu humaine dans les quartiers de banlieue, je me contenterais de signaler la frustration dont souffrent des jeunes d'origine magrébine, en comparant leur vie avec celle de leurs pairs français de souche, ou même seulement non musulmans.

Un autre élément s'ajoute. C'est un élément qui n'est pas limité à la France ou l'Europe, mais on le trouve presque partout dans le monde musulman : ces « Imams » de service mobilisés par le Pouvoir pour encadrer les fidèles. Ce sont des prédicateurs qui jouent le rôle du stupéfiant des masses par un discours qui rappelle l'expression « l'opium de peuple » ; leur majorité est liée au commissariat du coin ou à des niveaux plus élevés de la surveillance des étrangers. Les nôtres sont considérés généralement comme tel.

C'est à ce type d'Islam que pensait le Comte de Maranche, directeur des Services spéciaux en France, dans les années soixante-dix, quand il essaya de faire appel à l'Arabie Saoudite et même à Al Azhar du Caire, avec un objectif très simple : domestiquer l'Islam et, ensuite, le mettre au service des intérêts coloniaux, notamment dans le domaine du pétrole.

Un autre besoin de l'utilisation de l'Islam s'est produit avec l'instauration d'un régime procommuniste en Afghanistan. Là, le cancer de Ben Laden a vu le jour, financé par l'Arabie Saoudite, armé par le général Zia Oulhaq, qui avait renversé le P. M. pakistanais Ali Bhotu, comme cela été le cas avec Mussadeq en Iran. Le réalisateur étant la CIA. La suite des évènements est bien connue.

Le retour de flamme ne s'est pas trop fait attendre. De véritables métastases cancéreuses ont envahi toute la région, voire le monde entier.

On constate l'entrée sur scène des prédicateurs intégristes, au sens chrétien de terme, car le mot intégriste ne fait pas partie du dictionnaire musulman. Les jeunes, sans défense idéologique ou une connaissance, même approximative mais exacte de l'Islam, seront les premières victimes.

Les prédicateurs intégristes n'ont pas rencontré trop de difficultés pour enflammer la haine de leurs sujets, car l'audience devint des sujets qui écoutent sans discussion, contrairement aux traditions islamiques de la Choura et du dialogue. Les prédicateurs de service, comme celui que nous avons vu pleurnicher à la TV, ont perdu la confiance, le respect et le pouvoir moral au sein des croyants, et même des moins croyants. Les jeunes étaient les premiers à leur tourner le dos.

Faut-il regarder le tableau en entier pour mieux comprendre ce qui s'est passé, et se préparer pour ce qui risque d'arriver ?

Je ne rentrerai pas dans les détails. Je vais citer seulement des têtes de chapitre de faits vécus par les jeunes musulmans depuis le début du millénaire, en laissant de côté tout ce qui s'est passé avant. Cet ainsi que des jeunes musulmans se sont transformés en un réservoir flamboyant de frustrations, animés par les prédicateurs intégristes et les apprentis militants des peuples opprimés.

Un petit rappel des souffrances des musulmans.

Massacres perpétrés par les Israéliens à Ghaza, qui devient le martyr symbole du drame palestinien - série stupide et provocatrice d'insultes contre le Prophète Mohamed (et non Mahomet) - Le drame de Guantánamo qui s'est avéré comme un vrai scandale humanitaire - Destruction de l'Irak liée à une série de mensonges vulgaires - Massacres des musulmans à Myanmar - Chutes douteuses des prix du pétrole - Situation désastreuse dans les pays africains, riches en matières premières, mais dont la population se perd dans les bateaux de la mort - Les manœuvres occidentales qui ont avorté le printemps arabe (Syrie, Libye et Égypte) - La victoire des contre-révolutions grâce à l'appui de l'Occident - La menace de partition de la Syrie et de l'Irak - La naissance et l'hypertrophie surprise de Daech (qui le finance, qui l'arme et qui alimente une propagande sans égale depuis l'œuvre de Josèphe Gobles ?) - Échec volontaire du soutien au peuple syrien et la destruction de ce pays au profit d'Israël -

Je m'arrête là… vous pouvez compléter la liste d'ici demain.

Un coup d'œil sur le Nord pouvait être un compliment utile

La présidence de Monsieur Hollande vit un malaise que rappelle le malaise de Monsieur Morsi en Égypte. L'ensemble de la population de l'Hexagone craint un K.-O. économique et politique. Le besoin d'une solidarité nationale se confirme de jour en jour.

Un mécontentement israélien prend de l'ampleur suite au vote du Parlement français pour reconnaître l'Etat palestinien. Je rappelle ici que les quatre caricaturistes assassinés étaient connus, dit-on, pour leur sympathie avec les opprimés, notamment les Palestiniens.

Revenant au drame de Charlie Hebdo. Trop de questions se posent.

Pourquoi les assaillants ont-ils choisi cette forme théâtrale, alors qu'une bombe aurait suffi pour la besogne ? Pourquoi n'ont-ils pas revendiqué, même a posteriori, leur acte en indiquant leur objectif ?

Pourquoi les services de l'ordre n'ont-ils pas utilisé des fusées qui anesthésient l'objectif, comme c'est le cas avec les animaux sauvages ? Ainsi, les éléments arrêtés vivants auraient pu servir pour démasquer leurs complices.

Pourquoi, et contrairement aux habitudes des médias, n'avons-nous pas eu l'occasion d'écouter le récit des parents des accusés, comme si ces derniers étaient sans famille ?

Pourquoi n'a-t-on rien entendu sur la troisième personne qui s'est rendue à la police ?

Pourquoi les rétroviseurs de la Citroën noire des ravisseurs étaient métalliques brillantes (chromées), alors que celle retrouvée plus tard avait les rétroviseurs noirs ?

Beaucoup chez nous prévoyaient l'exécution sommaire des ravisseurs présumés de Paris. Ils voient donc des traits communs avec l'affaire Merah, exécuté de sang-froid au lieu d'être capturé vivant pour l'interroger en bonne et due forme.

Déduction : un Etat respectable sanctionne mais ne se venge pas.

Deux éléments à retenir

Avant la destruction des deux tours de N.Y. des responsables américains disaient que le pays avait besoin d'un nouveau « Pearl Harbor », un déclic qui anima l'enthousiasme populaire et renforça l'unité nationale autour du régime. Tout le monde, ou presque, a avalé la thèse donnée par la Maison-Blanche sur les faits, mais plus tard, beaucoup ont modifié leur conclusion, notamment quand ils ont revu les séquences qu'avaient montrées Armstrong marchant sur la lune, et ils ont découvert que c'était une supercherie grotesque, filmée à Londres bien avant, en profitant du décor du film : La Rapsodie de l'Espace.

La théorie d'une machination américaine a commencée à faire chemin.

Le résultat de l'orchestration théâtrale de l'Hexagone a réalisé, certes, une unité nationale, et a rouvert le portail de l'Élysée à Monsieur Sarkozy. La gauche et la droite sont soudées, et un soulèvement généreux des hommes d'affaires n'a pas manqué sa place dans la folie. Ce qui me fait peur, c'est d'entendre dans le monde musulman quelqu'un dire : que leurs enfants pleurent comme les nôtres. Que celui qui pense insulter notre prophète ait devant ses yeux à jamais l'image percutante des familles pleurant leur disparu. C'est malheureux. Mais, la vérité est têtue.

Ça serait le résultat le plus grave de ce qui s'est passé à Paris et que les Imams de service ne sauront jamais affronter.