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Une bonne dictature vaut-elle mieux qu'une mauvaise démocratie ?

par Mohammed Guétarni *

Une bonne dictature vaut mieux qu'une mauvaise démocratie, dit-on. Est-ce une raison suffisante pour que les dirigeants arabes suffisants soient tous dictateurs ?

Voila pourquoi l'autoritarisme des régimes arabes est proverbial. Est-ce une fatalité ou … l'expression d'une volonté dictée de l'extérieur de nos frontière? N'empêche. Ces régimes, qui se croient forts au moyen de la répression contre leurs propres peuples, s'avèrent plus fragiles qu'un œuf en raison du manque de démocratie. C'est, pourtant, dans les pays démocratiques que tous les citoyens sont égaux devant les lois de la République et ce, du Chef de l'État au citoyen de la rue. C'est dans les pays ''RÉELLEMENT DÉMOCRATIQUES'' que les sociétés sont homogènes. C'est-à-dire qu'il n'y a ni des citoyens d'en haut ni des citoyens d'en bas mais des citoyens respectueux de leurs Républiques parce que respectés par elles. Cela signifie, en clair, que les régimes dictatoriaux sont honnis, bannis et vomis par tous leurs peuples.

Diviser pour gouverner est-il l'unique mode de gestion sous nos cieux ?

Les dirigeants arabes tiennent mordicus à LEUR pouvoir. Ils l'exercent en tant carrière à vie. Pour s'y maintenir, ils confortent et durcissent la répression, stratifient les sociétés, cimentent le culte l'impunité, confortent la confiance au détriment des compétences. Formés souvent de juntes militaires, ces systèmes n'ont rien su faire de mieux à leur pays que de supplanter leurs anciens colons. La politique pratiquée n'a rien de professionnalisme. C'est la politique du ''Au jour le jour.'' Cette politique, qui n'en est pas une, a mis, aujourd'hui, la nation arabe tout entière à genou, voire dans des impasses ''sans issues'' sur les plans politique, économique, culturel mais surtout cultuel et même sécuritaire. Les armées arabes s'avèrent inopérantes devant l'armée d'Israël qui ne cesse de pilonner, de manière cyclique, la belle ''Ghaza-la,'' la Gazelle palestinienne sous leur regard impuissant. Le monde musulman a perdu son Nord (mais aussi son or) religieux. D'où le tissu arabe qui ne cesse de s'effilocher. La colère populaire a permis d'enclencher le processus du Printemps arabe. Elle n'a pas manqué d'administrer une gifle magistrale à leurs dirigeants tant au Maghreb qu'au Machrek: l'Algérie, la Tunisie, la Libye, l'Égypte, l'Irak, le Yémen, la Syrie et … bientôt la Palestine. Qui ''fait'' mieux ? Ces pouvoirs procèdent aux crimes politiques par des liquidations physiques des opposants au lieu et place de les ''agréer'' en tant que partenaires politiques plutôt que comme des rivaux, encore moins comme des ennemis ni aux systèmes ni aux peuples.

Conscience et politique sont-elles antinomiques dans l'environnement politique arabe ?

Ces systèmes liberticides n'éprouvent aucun respect pour les Droits Universels de l'Homme ni même l'observance des grands principes religieux de l'Islam orthodoxe. Ils se sont trop écartés des principes fondamentaux de la religion. Ce qui a permis au fondamentalisme d'émerger. Délictueux et anti-sociaux par nature, ils domptent leurs peuples, par la force des armes et oppriment, voire répriment toute forme de contestation quitte dans le sang sans scrupule. L'Histoire en témoigne. Ces dirigeants nous mènent droit au précipice. Ceux-ci ont pris leur devant et garanti leurs arrières. Ils ont placé et investi des milliards de dollars du pétrole arabe à l'étranger.

Ils dirigent leurs pays de mains de fer massif dans des gants de velours rêche. Ils préfèrent être redoutés même s'ils ne sont pas respectés par leurs peuples. Ils veulent se faire grands aux yeux de leurs compatriotes tout en courbant l'échine devant les homologues occidentaux. Un Président présidé n'a rien d'un président. Il ne préside pas la destinée de son pays car il n'a pas les rênes du pouvoir entre ses mains. Il gouverne par procuration. Telle est l'amère réalité de l'environnement politique arabe qui n'est plus, hélas, que l'ombre de lui-même. D'où les dénominations outrageusement pompeuses et dénuées de sens à la faveur de ces Nababs !!! telles que : ''Fakhamate Erraïs'', ''Djalalète El Malik'', ''Soumouw El Amir'', Mâali Elwazir…. Pour ce faire, ils contrôlent la presse, jettent leurs opposants en prison, les torturent, voire les assassinent pour un soupçon de délit d'opinions et… que sais-je encore ? Et oui ! Chez nous, Conscience et Politique sont antinomiques.

Nos usurpateurs parviendront-ils à légitimer leur «illégitimité politique»

Le premier impedimenta auquel sont confrontés les régimes arabes est celui de tenter de ''légitimer leur illégitimité politique'' auprès de leurs peuples qui n'en veulent plus. Il n'existe pas de proximité entre le citoyen arabe et ses dirigeants. Pour éviter toute forme de contestation, ils ont instauré des systèmes répressifs pour contenir la colère de leurs peuples trop fatigués, voire épuisés par une oppression inqualifiable, une paupérisation galopante, des fraudes électorales insultantes, une injustice sociale évidente érigée en système, un niveau d'enseignement agonisant à même de rendre l'âme. D'autres (peuples arabes) sont déjà morts, asphyxiés par étiolement dû au manque de liberté. La nation musulmane a perdu toute forme d'espoir de reprendre, un jour, goût à la vie si l'on excepte Le Jour du Jugement Dernier. Au moindre soulèvement populaire on frappe aveuglément dans la fourmilière sociale (Saddam, Kadhafi, Assad…). Pour eux, tout le monde est fautif, tout le peuple est terroriste. Partie de la Tunisie et renforcée en Egypte, au Yémen…, la bourrasque du Printemps arabe a balayé nombre de ces pouvoirs assassins mais pas tous. Ceux qui ne sont pas encore tombés tentent, cahin-caha, de se maintenir droits dans leurs bottes éculées et tordues. Ce qui explique la descente aux enfers, doucement mais sûrement. D'où, l'élite arabe ne pense qu'à quitter leurs pays pour s'installer ailleurs. Un ailleurs où il fait bon vivre, où on les écoute, on les considère, on les respecte pour leur savoir.

Et l'Algérie, où en est-elle ?

La démocratie, dans notre pays et de l'avis de nombre de citoyens, ne progresse pas. Au contraire, pour beaucoup, elle régresse lentement vu que les voyants verts, qui témoignent d'une réelle ouverture démocratique, ne sont pas, jusqu'à l'heure, visibles. En dépit de toutes les réformes promises par les autorités politiques, l'Algérie fait, encore, partie des régimes autoritaires où l'indépendance de la Justice n'est toujours pas garantie, où les élections ne sont ni libres ni transparentes. Les médias appartiennent encore et toujours, à l'Etat ou sous son contrôle. Cela signifie en clair que, si le système veut se rendre réellement crédible aux yeux des Algériens, il se doit de faire preuve de volonté politique sérieuse pour mettre le pays sur les rails de la démocratisation. C'est à cette seule condition que le pays pourra aller de l'avant parce que la matière grise, la matière première et la matière tout court existent. Né au forceps, l'État algérien a pu voir le jour un 5 juillet 1962 au prix de plus de sept ans de guerre, grâce au courage de ses enfants (hommes et femmes) qui ont cru, dur comme fer, à leur Algérie chérie, soldée par la mort de 1,5 million de martyrs. Elle est entrée, hélas, au XXI° siècle en marche arrière. Cinquante ans après avoir recouvrée sa souveraineté, il y a un déficit abyssal en matière de libertés, État de droits, Pouvoir et Contre-pouvoir, justice indépendante, répartition des centres décisionnels entre politiques et scientifiques. Les peuples arabes attendent, avec impatience, l'attendu Mahdi pour les délivrer de ces piranhas. Mais un seul ne suffira pas tellement ils sont nombreux. Il en faudra toute une armée de Mahdis pour y parvenir à bout…. Et encore !!!

* Université de Chlef