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Plus belle, la vie ?

par Belkacem Ahcene-Djaballah

Les Algériens vont bien, merci ! Ils sont même satisfaits de la vie qu'ils mènent. Trois quarts d'entre -eux (76%... en baisse d'un point par rapport à 2012, mais ne pinaillons pas pour si peu) se sont dits généralement satisfaits de la vie qu'ils mènent (mis à part l'accès – en tant que demande - à un meilleur système de santé, aspect qui est plus cité que la moyenne et dont l'on comprendra aisément la raison par la suite)

72% ont déclaré que la situation économique était bonne (pour une moyenne de 46% au Maghreb)… La moitié des personnes interrogées a estimé que l'Algérie allait dans la bonne direction… etc... etc...

Ce sont là, il faut leur faire confiance, car ils ne sont pas nés…chez nous !, des données tirées d'un sondage réalisé, nous dit-on, durant l'automne 2013 par l'UE («Le baromètre du voisinage de l'Union européenne»), et publiées récemment (pourquoi maintenant seulement ? peut-être dans l'attente des...résultats des dernières élections présidentielles et/ou pour ne pas influer sur les intentions de vote !)

Les Algériens vont bien, merci ! 42% pour la bouffe, 20,4% pour le logement et les charges, 12% pour les transports et communications (dont le téléphone)… Ce sont là quelques résultats (en diagonale) d'une enquête, sur les dépenses des ménages, effectuée par l'Ons, en 2011… et dont les premiers résultats (sic !) ont été publiés en novembre 2013 (re-sic !)… et les derniers résultats en mai 2014 (re-re-sic !). Pourquoi avoir attendu si longtemps ? problèmes d'organisation ? de moyens ? de rigueur ? de doute ?... ou tout simplement de calculs politiques attendant d'abord que les élections présidentielles passent. Il fallait, à tout prix, ne pas faire de vagues et éviter des contestations ou/et des critiques s'appuyant sur des chiffres officiels.

Il est évident que le niveau de vie du pays et des citoyens a évolué durant la dernière décennie. Les chiffres et les «moyennes» présentés par ailleurs le démontrent. Aucune raison d'en douter !

COMMENT SONT-ILS ?

Les Algériens vont bien, merci ! Mais, sont-ils bien ? Dans leur tête. Dans leur corps. Avec eux-mêmes. Avec les autres. Grave problématique.

Le problème est dans cette propension inquiétante (et les statistiques médicales le montrent bien avec toute une liste de maladies connues - diabète, hypertension artérielle…- mais qui ne font pas peur au premier abord, ou ignorées dans une atmosphère d'évitement généralisé, n'inquiétant que les médecins et les pharmaciens… jusqu'au jour où… ) à investir dans la grande bouffe, dans le véhicule, dans la pierre... et dans des loisirs plus commerciaux que de repos et de détente, ignorant, dans la foulée, tous les autres besoins liés à l'hygiène de vie et à l'équilibre de la personnalité.

On le voit très bien dans nos cités et villages. La bouffe reine ! Entre un café et un café, une cafeteria, entre une épicerie et une épicerie, une supérette, entre une gargote et une gargote , un restaurant, entre une boulangerie et une boulangerie, une pâtisserie, entre un marchand de légumes et un marchand de légumes, un marchand de fruits en camionnette, entre un cyber café et un cyber café, un marchand de téléphones portables, entre un concessionnaire de véhicules et un concessionnaire de véhicules, un vendeur d'accessoires. De la chawarma, des panini, des brochettes et de la pizza partout. Des véhicules partout. Sur les trottoirs, en ville, à la campagne. A l'image des paraboles. Partout. Et des constructions de toutes formes là où il y a un bout de terre «libre». Partout. Mais, plus de salles de cinéma, plus de salles de spectacles ou de théâtre. Presque pas de librairies, des marchands de journaux qui vendent plus des parfums, des lunettes de soleil et des minutes de «flexy» que de la presse…

Ça bâfre sans cesse, ça se goinfre, ça rote, ça dégouline de partout sur des bedaines qui se laissent aller… On sort de temps en temps en famille... mais pour aller manger des brochettes ou des glaces… On fait un tour en forêt dite récréative, mais c'est bien plus pour «draguer» ou repérer la future belle-fille (les hammams n'ayant plus la côte et ayant dépéri). On dit que la télé satellitaire qui a le plus de succès est une chaîne qui passe en boucle des recettes de cuisine et des leçons de couture… et, pour les hommes, celles qui passent le plus d'émissions en sports et des micros-trottoirs. Et, pour se racheter, on «lit» des journaux... à ragots et d'invectives. On compense comme on peut. On comprend mieux ainsi les files d'attente chez les médecins (les diabétologues, les gastro-entérologues et les cardiologues en particulier), les surcharges aux urgences hospitalières… et la facture d'importation des médicaments. A la hauteur de la facture alimentaire !

MALHEUREUX CEUX QUI NE SAVENT PAS LEUR BONHEUR

Les Algériens vont bien, merci ! Le pays avait été classé comme le pays le plus «heureux» d'Afrique du nord dans le rapport 2013 des Nations unies sur l'Indice du bonheur dans le monde : 73è mondial sur 156 pays (France : 25è, Allemagne : 26è, Turquie : 75è et Usa : 17è...). Malheureusement, les Algériens ne le savent pas. Car, voyez-vous, ils ne connaissent pas, hélas, leur bonheur. Et, pourtant, les divers pouvoirs en place n'ont eu de cesse de le leur révéler. Vainement ! Ils n'en croient pas un mot. Il n‘y a de pire sourd que celui qui ne veut entendre. C'est pour cela qu'ils dépriment sans cesse, «consomment» et se consument dans la violence souvent gratuite, pour tromper leur «ennui» et la mal-vie, dans la grande mal- bouffe pour tromper leur angoisse existentielle, dans l'absence d'hygiène pour «emm…» le «beylick» et leurs élus toujours décevants, dans la harga pour voir si, ailleurs, l'herbe n'est pas plus verte, dans la gueulante pour cacher on ne sait quelle impuissance, dans la critique à tout-va pour démontrer leur «intelligence», dans le doute généralisé pour esquiver leur ignorance et tout mettre sur le dos de la «moubayaâ», dans la «brosse» et le régionalisme, dans…

Seuls y échappent les piliers de mosquées, vivant déjà dans l'au-delà, et certains de nos bien nantis… en compte (s) bancaires et en enfants... à l'étranger, doués en arnaque et bien pourvus en graisse (dont des élus que l'on voit souvent parader devant des caméras de télévision, ou bien «enfoncés» dans les fauteuils des premiers rangs des meetings électoraux, aimant bien montrer leur «épaisseur», fiers de leur «réussite»). Quels que soient les problèmes, sans foi ni loi, ils sont toujours «bien» dans leurs baskets et dans leur tête, donneurs de leçons et ne rendant que rarement, sinon jamais, des comptes,... jusqu'au jour où… Alors, trop tard ! Ce n'est plus la bonne vieille déprime, c'est le fatal passage de l' «arme à gauche». Quel bonheur, qu'une mort rapide. Et, pour l'instant, pour tous les autres, la mort «à petit feu» fait des ravages. La plus terrible des maladies… nationales.