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Le radeau de la Méduse

par Driss El Mejdoub

Effectivement «el halqa» et «el guellal» lui manquaient depuis qu'il a été chassé du haut du perchoir où ceux là même qu'il dénigre aujourd'hui l'ont intronisé.

Par n'importe quelle fanfaronnade, il était prêt à revêtir son costume pour se lancer de nouveau sous les feux de la rampe. Les réseaux sociaux du Net et autres médias qui rappellent au public ce que fut son «école» et donc son métier, ne le mettaient pas, à son gré, suffisamment en «valeur». Ils mettent en doute sa légitimité politique et sa compétence de dirigeant. C'est la démonstration que les velléitaires d'antan qui ont fait le jeu de le placer au perchoir ont bonne mémoire. Leur art de l'enfoncer dans des casseroles qu'il traine encore, font de lui le larbin de service prêt à aller jusqu'au bout, faisant fi du pénal qui l'attend au bout de ce chemin, Ignorant qu'il est, il ne s'est pas recyclé. L'art et la méthode ont évolué ; les générations ont changé, les casseroles sont la marque de la majorité des sectes prétendantes à la gouvernance et ont dépassé le cercle des «énergiciens»; il y a bousculade et embouteillage sur les autoroutes menant aux portes de la gouvernance avec ou sans vice (adjoint); Il s'enorgueillit d'avoir retrouvé son «toupet» pour s'imposer à la tète de cette «secte» qui continue à porter le nom de cette glorieuse force qui a marqué l'Histoire du vingtième siècle et qui, égale à elle-même, le renie. Non satisfait de cette forfaiture il s'engage dans une fable aux tenants et aboutissants sans commune mesure avec les exigences de la mission qui lui a été confiée. Il signe la démonstration de son inaptitude politique.

Et brusquement c'est la panique à bord, oui c'est le Tsunami mais ce n'est pas encore le séisme. Un naufrage de plus pour ces hommes et femmes qui nous rappellent les 180 naufragés de la frégate Méduse .Leur Méduse à eux est cette terre qui les a portés aussi longtemps que la convergence sur tout, les consolidait sauf qu'ils ne l'ont conçue que pour le «millier» qu'ils sont. Une conception qui a exigé plus d'une cinquantaine d'années de consensus et d'unanimisme sur leur mode de vie et de gouvernance fondé sur le partage du même destin fructifiant sans égard aux 38 autres millions de velléitaires ni même à la dimension temps. Cupidité et rapine invisibles et inodores, par l'inaptitude d'un «guelayli», mettent à nu la fragilité de la structure pyramidale de la gouvernance en vigueur. Il y a grippage dans la transmission de la vocation au sein de la Pyramide.

La fable a semé la mésintelligence à bord. Le Commandant suprême ne dit encore rien. Les vagues s'intensifient. Le navire prend eau. Il dérive. C'est le naufrage. L'auteur de la fable prend un billet ; il est en voyage outre méditerranée. Il s'oxygène mais se ressource comme non concerné. Il convoquera à son retour une conférence de presse non pas pour rendre compte mais pour revendiquer son aptitude aux faits. De nouvelles voiles lacérées par le temps réapparaissent et les hibernés sortent de leur congélation pour se porter volontaires pour je ne sais quoi. Les auteurs de «qui tue qui» des années de sang sont de nouveau consultés. Est-ce leur réhabilitation ? Les officiers généraux se concertent ; l'illustre d'entre eux devient plus muet que la muette ; il confirme la commande du méchoui ; les officiers supérieurs interrompent leurs congés ; les officiers et subalternes regagnent leurs unités ; les hommes de troupe sont rassurés pour leur solde ; les imams recommandent la prière de l'inconnu (l'absent) ; les courgettes sont à 300 DA le Kilo, la viande à 1500 DA le Kilo,… les stations de dessalement produisent de l'eau; les élèves reprennent le chemin de l'école ; le chantage et leur prise en otages font l'objet d'un différé. Il y a saturation des circuits des ambassades et corps constitués, les aéroports du pays fonctionnent normalement, les réseaux des télécommunications fonctionnent davantage.

Un avion de transport venant du sud a péri sur les hauts plateaux faisant «soixante dix sept» morts. Encore un désastre. Il semble que le commandant suprême s'est rétabli. Il vient de communiquer que nul n'est en droit, quelles que soient ses responsabilités, de s'en prendre au temple ni à ses subdivisions. Son évaluation a porté son fruit. Les vagues se tempèrent. Un discrédit de la fable du désormais «guelayli» est prononcé. Celui-ci est déchu apparemment de son rêve de deuxième personnage de la gouvernance suprême. C'est le feu vert pour son remplacement à la tète de la secte. La stratification du commandement se remet de son hypnose parcellaire.. La muette s'interroge sur les tenants et aboutissants de ce naufrage. Le radeau de sauvetage devient nécessité ; mais Elle est partagée sur l'adoption de la technique de sa construction et le dimensionnement du radeau. Dans toute cette tourmente seul le détenteur des logiciels, dans son silence olympien, subit le naufrage, observe, analyse, se tait en se rassurant que son Corps est indemne. Rien en lui, sentiment ou ressentiment, ne se manifeste.

C'est son profil. Son meilleur allié est le temps. Les années, les «exploits» secrets et les erreurs sur un itinéraire spécifique miné par l'adversité l'ont fait froid, glacial, imprévisible, insu dans les salons, pas toujours friand des honneurs et des éloges, au fait de tous les tenants et aboutissants des grands actes politiques déterminants mais laissant aux autres, les feux de la rampe. Il a horreur des méchouis. Il n'en commande pas. Son handicap discret est sa longévité. Les appareils, leur tissage et leurs nœuds sont connus par lui ; ils furent sa création. Les faits sont là. El Guelayli n'a jamais été pour lui une inconnue ni même une constante mais une variable à plusieurs degrés. Il reconstitue le Puzzle pour déterminer son différentiel. Il redéfinit les strates Ces caractéristiques d'Amiral font jaser et colporter à son sujet l'attribut du redoutable. Redouté par qui ? L'est-il vraiment ? Par El Guelayli ? Encore faut-il qu'El Guelayli, à la carrière prochainement écourtée par nécessité, ait l'aptitude, les moyens et la légitimité. Le clairon n'a pas encore retenti ; les velléitaires sont intrigués ; Sont-ils vraiment les ascendants d'El Guelayli se demandent-ils? ils ne savent plus à quelle obédience se rallier. Ils sont préoccupés par la garniture de leur couscous.Ils dissertent les rumeurs et suivent les médias étrangers qui développent un éclairage légendaire mais tendancieux à notre égard.

Ces médias s'emparent des faits de la parodie pour meubler leurs vides. Ils engagent notre Pays dans une décote préjudiciable. Qui peut leur énoncer l'équation et son espace? Vraisemblablement seuls le Commandant suprême et l'Amiral ont la solution. Ils ont le même âge ; ils ont été à la même école ; ils ont la même maitrise de l'art de «larbiniser» tel ou untel ; ils sont les vecteurs d'une même résultante ; ils évaluent El Guelayli de la même note; ils inspirent l'ordre et l'autorité ; ils jouissent d'un parcours riche et œuvré. Là où ils diffèrent c'est dans le concept de la chronologie dans le temps. Le temps est long mais la vie est courte. De grâce, ils sont capables de le faire. Qu'ils sauvent le radeau du tsunami qui guette.