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Un piratage et de nombreux ratages

par Slemnia Bendaoud

Il est parfois, dit-on, des comportements encore plus scandaleux et forcément plus condamnables que ceux-là mêmes auxquels ils sont censés s'y substituer ou s'y opposer afin de ramener de l'ordre à la maison ou le monde à la bonne raison des choses, sinon de rétablir un tant soit peu un quelconque fait, jugé trop souvent anormal, inconvenant ou vraiment incommodant !

Transgresser des règles unanimement admises et bien connues de tous pour finalement tenter de justifier une manière de faire totalement en décalage et en net déphasage avec le service public et une attitude sereine à tenir à l'égard du peuple algérien revient donc à fatalement faire seulement dans l'improvisation et dans la provocation de l'autre.

Tenter avec tout cela tantôt à jouer au loup tantôt à l'agneau afin de dissimuler les faiblesses ou carences de soi, avérées et bien tues, pour finalement directement et illégalement s'emparer des droits des autres sous prétexte de mettre fin à un monopole de fait est du moins une manière assez chevaleresque de se comporter avec les autres médias.

Arriver à de la sorte s'afficher ou même se prendre pour ce très mauvais exemple à suivre en la matière ou en la circonstance n'est autre qu'une attitude rebelle que l'on veut contre vent et marée imposer comme nouveau comportement sur la scène médiatique sportive, défiant toutes les règles humaines jusque-là scrupuleusement observées par tous les peuples respectables de la planète.

Saupoudrer ou assaisonner le tout de cette pimentade ayant un arrière-goût politique fort arrogant ou trop apparent ou même de revanche à prendre sur un quelconque opérateur médiatique démontre –on ne peut- nos limites à nous inscrire dans les règles et usages de la profession par manque flagrant de notre programmation des grands évènements sportifs dans le monde.

Couronner le tout en procédant à ce piratage en règle malgré la diffusion gratuite du match en question par l'opérateur concerné au profit des spectateurs considérés est donc cette étape supérieure dans la supercherie et dans cette osée pratique médiatique qui fait fi des règles de l'orthodoxie de la communication dans le monde de l'information.

Quant à se prendre ou à tout bonnement se croire après tout cela comme le défenseur invétéré des téléspectateurs démunis du nécessaire ou du minimum vital pour suivre les compétitions internationales déterminantes de l'équipe nationale de football, il n'y a qu'à énumérer ces matches de cette même sélection non retransmis dans leur temps impartis par notre ‘'Yatima*'' au moment où d'autres pays non concernés pourtant directement par leurs résultats et prestations les diffusaient pourtant sur leurs chaines satellitaires, chose qui poussera ces algériens à les suivre chez le pays voisin, le cousin lointain ou même certains médias du vieux continent.

Et pourtant dans des situations pareilles l'argument de se porter au secours des démunis n'avait jamais été à cette époque-là aussi haut brandi ostentatoirement par notre chaine publique de la télévision, faisant par contre la sourde oreille à tout ce qui disait alors à son sujet et à celui de ses innombrables capacités financières à accepter ou à vouloir retransmettre en direct ces dites rencontres footballistiques de notre sélection nationale.

On en était alors juste ce parent pauvre d'une arrogante chaine de télévision d'un pourtant très riche pays, mais peu dépensier en faveur des siens malgré ses indéniables richesses bien affichées à l'étranger !

Beaucoup d'algériens n'ont pas encore oublié cela et surtout ces errances ininterrompues de chaines en chaines à la recherche de ce tuyau qui pouvait les connecter à ces matches-phares qu'ils ne pouvaient malheureusement voir sur ce petit écran de la grande maison Algérie.

Ils ne sont pas non plus arrivés au bout de leur grande peine et trop longue galère. Ils craignent toujours et à tout moment ce retour de manivelle d'une chaine nationale devenue entre-temps bel et bien rebelle, faisant dans le piratage et ces grands ratages qui kidnappent et séquestrent sauvagement l'image !

Et même si l'ENTV sait désormais habilement jouer au grand et mesquin rôle de la vierge effarouchée, ils sont tous conscients que cela ne relève que de cet état d'esprit du moment jugé comme très occasionnel et bien ponctuel, sachant par ailleurs que son ancienne attitude n'a vraiment pas changé d'un seul iota sur bien d'autres plans, encore plus importants que celui objet de notre commentaire du jour.

Cette boite à Pandore, encore et toujours fermée sur ses secrets d'antan ou d'alcôve, n'a pourtant jamais jugé utile de s'ouvrir sur les préoccupations du citoyen algérien au travers de débats francs et fructueux qu'elle savait si bien organiser durant l'année 1990, considérée à présent juste comme cette parenthèse sitôt ouverte et aussitôt refermée illico presto, puisque mettant en danger la communication officielle.

Mais comment se fait-il que cette chaine qui refuse comme principe régalien de donner la parole aux citoyens algériens soit-elle si prompte à se soucier de leurs possibilités de suivre sur cette chaine terrestre les confrontations de l'équipe nationale algérienne de football jusqu'à risquer cette très grave erreur de pirater à leur profit son matche barrage aller l'opposant au Burkina Faso à Ouagadougou ?

Ce brusque regain d'intérêt largement affiché par ‘'El Yatima'' durant les toutes dernières heures précédant le déroulement du matche en question est-il le propre à ce phénomène footballistique qui draine tout ce beau monde sinon habilement conjugué à sa connotation politique qui se profile en filigrane, eu égard à l'effet de synergie dont les tenants du pouvoir auront à en tirer comme dividendes et autres prébendes ?

La montée au créneau de son premier responsable après à coups n'en fera sûrement pas un potentiel héros tel que le laisse, en tout cas, supposer sa piètre prestation sur ce fond triomphaliste trompeur de l'opinion publique. Elle renvoie plutôt nos responsables des médias publics à refaire leurs classes pour enfin revenir à de bien meilleurs sentiments et aux usages de la bienséance et de la cordialité dans leurs relations avec leurs homologues.

Un bref sondage à effectuer sur la compétitivité de nos médias publics sera à même de nous divulguer leur réelle crédibilité et autre impact sérieux sur les nombreux téléspectateurs algériens.

Et ce n'est forcément pas le piratage arrogant et honteux d'un matche de foot qui va remédier à cette crédibilité perdue progressivement durant plus de cinquante années d'existence d'une chaine de télé qui se croit toujours au service du pouvoir en place, tournant volontairement le dos au quotidien des algériens.

Le problème de la malheureuse ENTV est plutôt politique avant d'être d'ordre professionnel. Raison pour laquelle celle-ci ne s'inquiète que très peu sinon très rarement de l'idée que se font les spectateurs algériens d'elle et de ses programmes pour, en retour, ne jamais les élever au niveau de ceux qui font désormais ce débat chaud et très prisé des hommes politiques, à telle enseigne que certains hommes politiques du pouvoir se font inviter sur les plateaux de télévisions privés plutôt que de le faire sur les siens.

L'ENTV continue toujours à juste servir de voix officielle à un pouvoir désemparé et traumatisé qui en fait à vie sa chasse gardée pour distiller sa propagande et vanter ses mérites et réalisations, ne donnant qu'occasionnellement la parole à une opposition menée à la baguette et surveillée comme du lait sur le feu.

L'héritage historique est donc très lourd à supporter pour contraindre cette chaine à se remettre en question et à surtout finalement bien revenir au réel, ne pouvant donc malheureusement complètement se départir de ses anciennes habitudes et de sa langue de bois, faisant encore partie intégrante de son paysage médiatique et discours politique.

De là à se mesure ou à tenter de tenir la comparaison avec certaines chaines satellitaires parfois de création très récente, il est question de cette mentalité à léguer aux poubelles de l'histoire avant même d'envisager quoi que ce soit, à défaut de revenir de nouveau à sa légendaire médiocrité.

Cette liste-là qui comprend ses grands et inévitables ratages n'est donc nullement exhaustive dans la mesure où elle peut être étoffée par d'autres pratiques bien souvent moyenâgeuses dans leur conception et pratique qui font encore l'actualité au boulevard des martyrs, plus d'un long demi-siècle après l'indépendance du pays.

Quant à lui rajouter ce piratage en règle commis au préjudice d'une autre chaine, unique ou seule détentrice des droits de retransmission des matches barrages de la coupe du monde 2014 de la zone Afrique, cela revient à la condamner fermement à demeurer comme une éternelle lanterne rouge des médias de la communication.

‘'El K'Baha drahem* !'' a toujours était la devise des enchérisseurs pris de folie afin d'imposer l'écoute de leur tube préféré à leurs nombreux concurrents lors des fêtes de mariages, animées autrefois par les chantres du bédouin ou du Rai. Et tout le monde, sans exception, se pliait à cette règle inflexible, sans rechigner. Même si la chanson revenait très souvent, forte de son écho puissant et retentissant ou bruit insupportable et assourdissant tel un disque rayé !

Le choix du tube se faisait donc à la solde. Et même Cheikha Rimiti ou Cheikh Hamada à leur époque n'y pouvaient rien contre. C'était donc à qui pouvait miser plus fort ou offrait mieux que les autres. C'était aux gens de la tribu de garder leur artiste à la maison, et non de lui refuser toute autre prestation lui venant de celle d'en face.

S'en prendre aussi vertement, ouvertement et si violemment au pauvre Hafid Derradji n'est pas non plus la bonne solution à prendre. Le problème doit être traité dans son fond et non au travers de ces mesquins faux-fuyants et autres pirouettes de la subtile sauvette.

C'est contre la confédération africaine de football (CAF) que l'ENTV doit pourtant se plaindre ou jeter son fiel en sa qualité d'institution régulatrice et propriétaire des droits de retransmission des matches de foot sur son territoire et non contre une quelconque autre chaine de télé ayant acquis ces mêmes droits en vue de leur éventuelle revente au moment où notre télévision publique ne s'en était même pas manifestée !

Cela est aussi valable ou bien semblable pour le foot aujourd'hui. Pourquoi alors crier au loup lorsqu'on n'est pas en mesure de mettre le paquet ? Al Jazzera n'aura commis aucun péché mis à part celui de faire dans ce commerce de l'image peut-être légitime du foot dans le monde, au moment où l'ENTV était incapable de sauver l'honneur à tout le public algérien.

Le refus tunisien de suivre le comportement malveillant algérien situe, de fait donc, celui très opportuniste égyptien. C'est d'ailleurs à l'image de ce qui se passe dans ces trois pays. De là à s'impliquer fermement ou à verser intempestivement dans la triche, cela ne fait franchement nullement honneur à l'Algérie. Et tout le monde doit avoir bien honte d'un tel comportement qui aura souillé l'image de marque de l'Algérie à l'étranger!

Un procédé aussi vil ne sera jamais utile à la nation, quelque en soient ces arguments assez subtils ou en béton avancés pour étayer une analyse qui ne risque même pas de convaincre les professionnels des médias bien avant le reste du monde.

Se prévaloir de se droit de parrainage ou de pilotage à l'échelle du continent d'une aussi basse besogne procède de cette aventure dangereuse tendant à constituer des ces nouveaux groupes criminels de la communication que réprouve la morale et la culture algérienne.

(*) – L'orpheline (ENTV)

(**) – Tu n'as qu'à casquer pour !