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Femmes : séduites...: puis abandonnées ?

par Ahcene-Djaballah

«Nous prenons comme modèle de la femme entrepreneur Khadidja, l'épouse du Prophète (QSSSL), qui jouit de tous ses droits politiques, sociaux et économiques» (Organisation des femmes arabes, Congrès, Alger, mercredi 28 février 2013).

« Il faut suspendre le système de quotas (au Parlement) pour les femmes... la disposition a donné la chance à des femmes incompétentes» (Bouguerra Soltani, du MSP, selon la presse du samedi 2 mars 2013).

 Il faut reconnaître que le Président de la République en poste a su et sait parler aux femmes. C'est peut-être cette qualité (ou cette faiblesse, c'est selon !) du personnage qui fait sa force... ainsi que des jaloux et des envieux, assurément ; cet aspect de notre vie en société ayant toujours été le plus «travaillé», parfois même le plus craint tant en raison du poids que de l'influence que les séducteurs ont...sur l'autre genre.

 En 2009, le hasard (heureux ou calculé) avait voulu que, cette année-là, la célébration du 8 mars, fête internationale de la femme, tombât «pile-poil» juste avant le démarrage de la campagne électorale préparant l'élection présidentielle d'avril 2009.

 L'électorat féminin étant plus qu'important, il était tout à fait logique, pour le candidat et néanmoins déjà Président de la République, de ne pas manquer son rendez-vous annuel auquel il avait habitué toutes les femmes qui «comptent». Encore que, paraît-il, il les voyait de manière régulière pour s'enquérir de leur état et de leurs humeurs toujours changeantes et imprévisibles ? Car, ne dit-on pas que «souvent, femme varie».

 Mais, cette fois-ci, le rendez –vous était d'autant plus important qu'il venait juste avant la diffusion des résultats d'une enquête initiée par une Ong que l'on ne peut pas soupçonner de parti-pris ou de féminisme (le Ciddef), résultats diffusés le 1er mars. L'étude révélait (on le sentait, on le voyait presque, mais on n'en était pas sûr), un net recul, en l'espace de huit années, entre 2000 et 2008, des valeurs égalitaires. En 2000, la population la plus favorable aux valeurs d'égalité constituait 27% de la population de la population globale des 18 ans et plus. En 2008, elle baisse, se situant à 16%.

 Par ailleurs, la population la moins favorable ou réfractaire représentait 10% en 2000 de la population globale ; en 2008, ce pourcentage double pour atteindre 23%. Une catastrophe... pas annoncée du tout, pour la gent féminine, elle qui espérait l'inverse. Un certain échec pour les associations féminines et/ou féministes, au départ séduites... mais se sentant tout d'un coup abandonnées. Dans un pays de plus de 35 millions d'habitants dont près de la moitié sont des femmes, c'était là, aussi, un grand risque pour le pouvoir !

 Par la suite, d'autres 8 mars ont suivi, avec toujours le même scénario, les mêmes discours charmeurs, les dames imitant globalement les messieurs... avec, cependant, quelques «vérités» presque féministes dites... surtout par celles qui savaient «y faire» en politique, ou, alors, qui n'ont plus rien à perdre, ayant déjà tout vécu.

 Par la suite, on a bien eu (laborieusement) des ouvertures sur le monde des femmes à l'exemple des quotas (aux assemblées élues), mais, hélas, les résultats – surtout au niveau des candidatures et en dehors des grandes zones urbaines - ont été bien en-deçà des espoirs des législateurs et des ambitions des leaders du genre. On a bien, aujourd'hui, quelques députées et quelques sénatrices au sein du Parlement, mais on ne les entend ni les voit guère, certainement «étouffées» par leurs formations politiques, ou trop reconnaissantes à ceux (ou à celui) qui les ont désignées. Même Louisa n'a plus le même mordant d'antan, et Khalida n'est plus qu'un lointain souvenir de la contestation féminine. Paradoxe étonnant : leur entrée en politique a «stoppé» le mouvement alors bien prometteur entamé au début des années 90.

 Notre «vie politique» tuerait-elle l'action politique (la vraie, celle combative qui crée du sens et apporte des idées nouvelles) chez les Algériennes ? Pourquoi ? A étudier de très près par nos universitaires-chercheurs !

 Que s'est-il donc passé malgré un Chef de l'Etat pourtant peu avare en déclarations presque féministes ? Il est vrai qu' «une seule main ne peut applaudir» et que, sur ce point, l'atmosphère anti-femmes, «masculiniste» (c'est presque une croisade), passés les moments de grâce, construits dans le drame,la douleur et le courage démontrés face à la vague terroriste durant les années 90, entre autres, a repris «du poil de la bête» : la récréation est terminée mesdames, il faut retourner à vos fourneaux et à vos mioches ! Contentez-vous de suivre les cours de couture et, à la limite, pour les mieux nanties et plus diplômées, de lire Dziriet ou de faire dans le commerce de bijoux de luxe dans des boutiques «franchisées»... et pour les plus démunies, vendre les bijoux «cassés» sur les trottoirs. Quand on aura besoin de vous, on vous sonnera !

 Un peu à l'image de ce qui s'était passé juste quelque mois après l'Indépendance du pays et après sept années et demie de lutte (menée, aussi, par les femmes comme actrices directes, comme victimes, comme soutiens déterminés...). Combien d'héroïnes ont pu échapper, à partir de 1962, au rouleau compresseur de la frange macho de la «famille révolutionnaire». Malgré le penchant pro-féministe de Ben Bella.... malgré l'arrivée, bien que tardive, du Président Houari Boumediène, au départ célibataire endurci, à la cause des femmes... malgré l'arrivée de femmes aux postes de décision politique (Z'hor Ounissi, première femme au gouvernement suivie de Leila Ettayeb), avec le Président Chadli... malgré les prises de position sans équivoque du président Boudiaf en faveur des femmes... malgré les larges sympathies pro-femmes du Président Zeroual.

 «Une seule main ne peut applaudir». En vérité, quoi que l'on pense de la chose politique, un Président ne fait jamais tout seul un Chef de gouvernement. Et, un Chef de gouvernement ne fait jamais tout seul un gouvernement. Et, un gouvernement, même avec quelques (encore rares) femmes en son sein, ne fait qu'un «exécutif». Il y a toujours, visibles ou tapis, les autres, tous les autres qui par leurs avis, leurs observations, leurs conseils, leur influence, leurs moyens, leurs déclarations, peuvent influer sur le cours des choses, influencer peu ou prou les décideurs finaux et, de ce fait, sur la composante de la sphère décisionnelle. Cela se pratique partout à travers le monde, dans les pays démocratiques comme dans les pays autoritaristes. Dans les pays développés bien moins que dans les pays en voie de développement. Hillary Clinton, Rachida Dati, Angela Merkel par exemple, ne sont pas arrivées uniquement en raison de leur (grande) compétence là où elles sont (et furent) actuellement. Elles sont le résultat de lobbies dont ceux des femmes elles-mêmes (au sein d'organisations, de clubs, d'amicales, grâce aux salons et aux affaires,... ) ne sont pas les moins importants .Y en a-t-il encore chez nous? Les «pasionarias» des années 80 et 90 ont accumulé du gris argenté dans les cheveux et fait des petits dont il faut bien préparer l'avenir ou suivre la carrière , dans un climat socio-économique de plus en plus difficile ?

 Le drame, chez nous, c'est qu'il y a, en sus, de multiples grandes et assez lourdes tendances de la société qui sont revenues, en douce, rogner sur la prise de décision autonome de nos politiques, sous le couvert (un alibi facile à utiliser mais payant par ces temps d'angoisse des jeunes et des moins jeunes) des préceptes religieux et sous la pression de leur interprétation abusive : venant des «bien-pensants», des machos, des conservateurs et des traditionalistes, des «hypocrites» et des tartuffes ! Comme d'habitude, ils instillent le doute sur toute initiative d'ouverture sous couvert de «plus grande démocratie», se basant sur des échecs (sic !) somme toute relatifs. Comme dans certains pays de notre monde. Mais, surtout, avec l'avènement d'une économie plus ouverte et avec les progrès de l'instruction de la femme, des attaques venant de tous ceux qui ont peur de leur propre incompétence face à la capacité de plus en plus avérée, sur le terrain, dans tous les secteurs, des femmes algériennes à gérer les affaires, même les plus délicates, du pays .

 Alors, Monsieur le Président, en ce 8 mars 2013, vous qui les aimez, décidez encore une fois et «imposez» des règles encore plus libératrices... des femmes ! Elles s'en souviendront longtemps, sinon toujours! L'Histoire est une grande oublieuse des plus grands actes des plus grands hommes politiques, mais les femmes ont une grande mémoire. Dans nos pays, elles en restent les vraies gardiennes. Très longtemps !

A nos lecteurs : L'article publié dans l'édition du mardi 26 février 2013, «Les scandales se succèdent. Le règne des «tricheurs», est de Belkacem Ahcene-Djaballah Belkacem