Envoyer à un ami | Version à imprimer | Version en PDF

Je t'ai aimée avant ma naissance

par Boutaraa Farid

Dis-le moi en toute sincérité: y a-t-il quelqu'un qui peut résister à ton charme douce et belle Algérie? En effet, tes regards ne sont que des invitations à des voyages dans un monde féerique où t'aimer sera le repas unique. T'adorer au-delà des nuages dans une euphorie de murmures au milieu des chants des sirènes qui passent en beauté les femmes voilées de Bagdad. Et oui, je t'ai aimée avant de naître et je suis fier de mon destin d'esclave, comme furent les grands poètes, les peintres et les héros des luttes de ta libération.

Ceux qui savaient ta vraie valeur et qui étaient prêts à tous les sacrifices. En effet, Kateb avec son talent d'artiste avait su nous offrir une image vivante de cette femme insoumise, belle et rebelle. Une Nedjma qui brillait de mille feux et qui rendait ses amants hébétés et fous. Une Algérie née de la fusion du néant et des hommes libres. Une Algérie fille de l'oiseau sacré et qui ne pouvait-être l'épouse d'un seul prétendant. Une Algérie en quête de sa propre histoire et de son complexe identité. Une Algérie qui s'offrait toute nue aux yeux de ceux qui avaient le génie de la percevoir comme une perle rare et de l'aimer et surtout d'oser la décrire pour ceux qui n'ont hélas pas le pouvoir magique de détecter le vrai du faux. Kateb Yacine n'avait pas tort de l'aimer si follement et Moufdi Zakaria avait toute les raisons de l‘élever au rang des déesses. Elle mérite les chants les plus mélodieux et les poèmes tirés des cervelles des génies les plus vieux.

Mon amour pour toi l'Algérie avait commencé avant ma naissance. Tout en étant qu'un fœtus j'avais l'impression de te connaitre. Tu étais cette fille captivante, un peu rieuse, mais trop gentille. Un peu naïve, mais noble et serviable. Je te voyais dès fois méfiante et un peu réservée. Tu cachais tes peines et tu notais toutes tes déceptions. Je t'ai aimé avant de naître et avant même de te connaitre. Je suis né en 1965 et en cette période tu étais toujours en fête et tes amants étaient si nombreux. Et le temps avait passé et avec lui tout a été cassé. Je te voyais après un peu triste ne sachant toujours pas les causes de tes malaises. Tes sorties nocturnes et tes cris d'infortunes. Et je voulais connaitre les causes de tes chagrins, mais tu étais si prévoyante et si forte. Tu me cachais toujours tes peines et je ne voyais que ton beau sourire qui me rendait ivre d'amour. Je voulais t'avoir à moi tout seul. Tantôt tu étais une statue de miel et d'autre tu étais en sel. J'étais ce mioche qui fouinait dans ton passé. Je prenais tes cahiers intimes et je ne savais pas si tu étais le bourreau ou la victime ? Est-ce que tu étais la plaie et le couteau ? Je déposais tes notes et je sortais à ta rencontre. Avec un geste tendre tu me passais ta main que je saisissais avec joie et nous partions vers l'inconnu. Le vent jouait avec tes cheveux de soie et je restais coller à ton corps en humant un parfum au goût riche et suave. Tu étais ma maîtresse et pour te faire plaisir je te lisais des poèmes tout en arrangeant tes cheveux en tresses. C'était ma façon de chasser tes peurs et tes stresses. Tu me quittais sans dire un mot avec la promesse de me revoir. Tu étais si belle avec tes beaux yeux noirs, gris, bleus et verts. Tu étais l'amante, la sœur et la mère. Le temps coulait en douceur et subitement le feu se déclara un peu partout. Tu étais si triste et si agitée. Tu étais jeune et moi un peu vieux. Je ne te voyais qu'une nuit sur quatre. Tes larmes coulaient sans relâche et nul ne savait qui était héros et qui était lâche ? Tu ne comprenais pas ce déchirement, ni encore plus ce revirement. Il y'avait du piment acre partout et toutes les pistes étaient minées.

Les cervelles étaient contaminées par un virus importé d'ailleurs. Tu revenais me voir, mais je ne pouvais te prendre dans mes bras. Je me contentais de juste tenir tes doigts si fragiles. Et pourtant tes yeux avaient toujours cet éclat merveilleux.

Il y'avait un peu de magie en ce visage sans âge. Tu étais certes fatiguée, mais tu avais toujours ton charme de poupée. Tu étais rêveuse et un peu chagrinée. En effet, tu venais d'ôter ton voile de deuil pour mettre celui de tes noces. J'étais un peu jaloux de cet homme qui venait d'être ton mari. Un homme que j'avais à mon tour embrassé un jour à Khemis-Miliana.

Il était en campagne électorale et je ne pouvais pas laisser cette occasion de lui donner un poème en l'invitant à bien prendre soin de toi mon amie. Je n'étais ni maire, ni chef de daïra, mais juste un militant d'un nouveau parti politique qui voulait que son pays trouve la paix. J'étais cet amoureux qui assistait sans force aux noces de sa bien aimée. J'étais heureux tout en te voyant en tes beaux habits de fête. J'ai soulevé ma tête pour te parler avec mes yeux. Pour juste te dire que je ne cesserai jamais de t'aimer. Pour juste te dire que tu resteras ma joie et ma douleur préférée.

Et comment oublier une femme qui avait pu séduire Mostefa Benboulaid et tous les héros de la lutte armée ? Et je me disais elle devrait être belle cette Algérie ? Elle devrait être unique au monde cette femme qui avait pu éblouir tout un peuple ? En effet, tant de questions taraudent encore ma tête et je ne trouve toujours pas les mots pour te présenter aux jeunes d'aujourd'hui qui n'ont qu'une idée vague sur cette Houri qui avait rempli de joie les cœurs de ses amants qu'ils soient des écrivains ou des artistes. Cette perle qui avait fasciné Moufdi Zakaria et qui l'avait poussé à lui écrire les plus beaux poèmes du monde. Cette rose qui dépasse en beauté un milliard de bouquets.

A mon tour, Je voulais te dire que je t'aimais telle que tu es. Avec tes pauvres et tes riches. Tes bas fonds et tes montagnes. Je voulais te dire que si les lions avaient pris les armes pour te libérer, moi à mon tour je prendrai ma plume pour inviter tes enfants à l'union et à la construction. Je voulais te dire que tu étais ma plus belle histoire d'amour et que tu restes la seule femme qui sait cacher ses peines. Je voulais te dire que ton amour est une douleur sauvage qui s'amplifier avec l'âge. Je voulais te dire que tu demeures ce beau paysage où mon âme trop sage accepte sa cage.

Je voulais te dire aussi que ton amour ne peut être égalé par une place au parlement ni par la valise d'un ministre. Je voulais te dire que ton amour est un principe qu'on ne peut acheter par un bien éphémère. Et oui, l'amour de la patrie est un amour sacré qui pousse l'être à la satisfaction spirituelle.      C'est cette sensation d'aimer les autres sans aucun intérêt. Aimer l'Algérie n'à rien avoir avec ce responsable qui vole ou ce ministre qui scolarise ses enfants à Londres. Aimer l'Algérie n'à rien avoir avec ce juge corrompu qui reçoit des pots de vin, ni avec ce militaire qui vient de construire un château avec des revenus illicites. Aimer l'Algérie n'à rien avoir avec ce directeur de Sonatrach qui vient d'acheter un hôtel à Paris. Aimer l'Algérie veut dire vivre dignement avec les moyens de bord sans accuser les autres. C'est accepter son sort et son destin sans incriminer les autres. Aimer l'Algérie c'est de souffrir en silence et de n'avouer nos malheurs qu'au Maître des deux mondes et non pas critiquer sans présenter des solutions. Aimer l'Algérie c'est barrer la route à tous les agitateurs qui désirent brouiller les cartes et retomber le pays dans une guerre sans fin. Aimer l'Algérie c'est agir comme un individu civilisé.

C'est-à-dire ne pas nuire à ses voisins et ses proches. Faire son boulot comme il faut et ne jamais céder à imiter les vicieux qui se prennent pour des héros alors qu'ils sont des zéros. Et pour finir, avoir la certitude que chaque âme goûtera la mort et que rien n'égale le goût sucré d'un morceau de pain avec un verre de lait qu'on avale avec les sourires de nos enfants sur une table en plastique, mais où les cœurs n'obéissent à aucune force maléfique.. L'amour du trône est un mal fou et celui qui le contamine oubliera même ses propres enfants. Alors, oublions nos querelles et souhaitons en ces douces et blanches nuits d'hiver un nouveau virage pour notre belle et douce Algérie. Que cette neige lave nos cœurs et que cette pluie arrose nos esprits du parfum du pardon. Que l'amour de l'Algérie soit un slogan sur toutes les lèvres et qu'importe celui qui gouverne du moment que lui-même sera dans un avenir proche jugé pour toutes les misères de ses sujets. En attendant d'autres chutes de neiges, buvons nos thés tout en souhaitant la paix et le bonheur à tout ce peuple formidable qui n'aspire qu'à un lendemain meilleur.