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L'émeute multipliée : la nouvelle com'

par Belkacem AHCENE DJABALLAH

Il y a plusieurs formes populaires de communication, toutes liées au niveau de développement politique et culturel du pays ainsi d'ailleurs qu'à de celui des citoyens.

On avait cru, un certain moment, avoir enfin atteint le niveau, presque idéal, de la communication socio-politique : celle qui se contente de son député (et des élus) ; celle qui se contente de sa presse et de ses journalistes «payés» ; celle qui se contente de l'expression organisée et pacifique à travers des marches ou manifestations, sans heurts ni dégâts ; celle qui, à la limite, se permet de coller, des affiches iconoclastes ou de «tagger» les murs ; celle qui utilise la lettre (anonyme ou déclarée)…

Un certain moment, on y a fortement cru et cela s'était effectivement passé ainsi, sous une forme ou une autre... Mais, hélas, durant un très court moment seulement. Au tout début des années 90, peut-être ?

Par la suite, les «évènements» aidant, le processus a basculé avec des violences quotidiennes, frappant, bien souvent, aveuglément. Des jeunes et des vieux, des hommes et des femmes, des bébés… Evènement malheureux, mais prémonitoire, le premier personnage public assassiné était un «diseur» pacifique de vérités. Un écrivain, journaliste et poète. Un Amazigh... un homme libre, Tahar Djaout.

A partir de ce jour, peu à peu, brutalement ou en douceur, l'expression publique libre allait être combattue ou malmenée, un peu partout. Dans un tel contexte, les «décideurs» ont eu beau jeu, par la suite, de revenir continuellement sur la faiblesse de la communication nationale. On a même fait endosser, à la presse et aux journalistes, la responsabilité de la naissance et du développement de la violence. Un autre «évitement» plus politique que rationnel et objectif.

Bien sûr, ici et là, des poches de résistance perdurent, dans la presse, au niveau de partis et d'associations, au niveau d'individus…mais cela ne fait pas une atmosphère transparente et encore moins fluide. Que reste-t-il donc aux faibles et aux démunis…et aux manipulateurs ?

Ne reste plus que la rébellion (voir les multitudes de mouvements de «redresseurs» au sein des partis politiques ou des associations, mouvements spontanés ou fabriqués) …et, surtout deux autres formes de communication, l'une remise au goût du jour depuis quelques années et une autre, tout de même assez originale pour s'y appesantir.

L'émeute populaire est une forme de communication ancienne. Elle a toujours lieu en cas de blocage total du dialogue et lorsque les mécanismes classiques sont rouillés par les mauvaises habitudes ou minés par la bureaucratie. Puis, avec les reculs et les fuites en avant, supposés «stratégiques», ainsi que les "grands pardons" et les mauvais exemples comportementaux de ceux"d'en haut", elle se généralise. Pour un oui ou pour un non ! Coupures d'électricité fréquentes, eau arrivant au compte-gouttes, liste de logements sociaux détournés, emplois rares, autoritarisme mal contrôlé d'agents de l'ordre, parents ou amis «mal jugés», compères emprisonnés, jugements mal expliqués, décisions bureaucratiques imposées, vendeur ambulant rabroué, mauvaise note scolaire attribuée...

Dans bien des cas, la gendarmerie nationale n'ose plus trop intervenir, la police fait le «dos rond», le wali est aux «abonnés absents» et le chef de daïra ou le P/Apc se terre. Parfois, malgré les tentatives de dialogue de tous les sus- cités, cette dérive communicationnelle devient violente, les citoyens s'en prenant aux symboles représentant celui qui leur semble absent du processus (chez nous, c'est d'abord le «beylik», l'Etat en l'occurrence ) ou le présumé fautif… La route est «coupée» et des barrages de pneus enflammés sont dressés. On occupe les lieux publics. On frappe son enseignant. On éventre son voisin. On s'immole par le feu. On casse tout sur son passage (tout en en profitant par le biais du pillage). On va même jusqu'à «kidnapper» un wali en employant la manière forte!

La seconde forme vient de ceux qui ont un peu plus de temps, un peu plus de moyens et un peu plus de malice : c'est la lettre ouverte au Président de la République, transmise, bien sûr, par le canal administratif de la Présidence, mais aussi, publiée dans la presse. Cela veut tout simplement dire que, désormais, il y a une méfiance à l'endroit des services mêmes de l'Institution en charge de ce type de document et la précaution est prise d'insérer, à titre gracieux ou payant, la doléance dans un journal, de préférence à grand tirage…

Cela veut dire aussi que la presse, surtout celle privée (la presse publique ne publiant jamais ou très rarement les lettres ouvertes aux ministres et aux walis... et encore moins au Président) est «considérée» comme ayant un pouvoir sinon aussi important, du moins égal, que celui du Président. Voilà qui flatte l'ego de bien des titres et des journalistes. On comprend mieux maintenant pourquoi bien de nos «décideurs» n'ont jamais «porté dans leur cœur» la presse nationale privée la voyant comme «concurrente». En vérité, elle n'est pas un pouvoir et encore moins un concurrent, mais tout simplement un contre-pouvoir, assez attirant certes mais efficace. Dur à avaler !

Une jalousie qui va miner toutes les bonnes intentions… et tous les textes réglementaires !

Post-scriptum : On note, ces derniers temps, un recul des «lettre (s) ouverte(s) au Président» publiées dans la presse. Fatigue ou découragement des plaignants ? Ou, alors, le sentiment d'une fonction présidentielle désormais trop «éloignée» du terrain ? Ou, est-ce, tout bêtement, chez certains, la force qui, désormais, "fait la loi" ?