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Vivez Carthaginois

par Ali Brahimi

Ce 23 octobre 2011, le peuple tunisien a voté en masse afin d'élire les membres de l'assemblée constituante formant, en principe, le réceptacle des acquis accomplis à ce jour ainsi que les futures réalisations de la révolution, notamment en faveur des jeunes démunis, débutée depuis janvier de cette année au centre de la nation carthaginoise, d'autrefois, qui avait régné durant des siècles.

Carthage, en tant que mouvement civilisateur, était l'ennemie jurée des empereurs romains qui l'avait détruite maintes fois et, a l'occasion, leurs légions ont fait des carnages car elle était plus que la rivale de Rome qui, après la disparition de Carthage dépositaire d'une admirable civilisation raffinée, s'est retrouvée la seule force politico-militaire régionale désormais ayant les mains libres afin de coloniser, brutalement a l'image de ses centuries, une bonne partie du monde dont l'Afrique du Nord considérée, pour on ne sait qu'elle raison, comme un territoire habité par des «barbares» qu'il fallait déposséder et restreindre a l'esclavagisme.

Depuis, Carthage a symbolisée, injustement et ignoblement, la prévarication des groupes de familles dictatoriales venues de divers horizons telles des hordes prédatrices, dont les maffiosi, actuellement dirigeants en Tunisie ainsi que chez quelques pays du pourtour méditerranéen. Ces derniers temps les défigurations de l'environnement, de Carthage, ont eu raison de la patiente des populations tunisiennes.

Ajouter a cela le faste ostentatoire et révoltant des palais, construits sur les ruines de Carthage, aux multiples débauches et plaisirs corrupteurs dignes des écuries d'Augias, le sens de la dignité retrouvée grâce a des jeunes braves gens et, donc, celui de l'honneur récupéré en dépit de la lâcheté d'une bourgeoisie véreuse genre tiers Etat dont beaucoup de ses adeptes n'ont pas encore été emportés, momentanément, par les ouragans de la révolution.

Ce jour du 23 octobre 2011 avait curieusement coïncidé avec l'annonce de la fin des combats pour la liberté de la Libye fêtant sa victoire, avec une immense joie, malheureusement aussi avec un arrière goût d'amertume ressentie après le sacrifice des milliers de jeunes combattants contre une dictature féroce (déchue impitoyablement a l'image de ses horreurs commis durant des décennies) type Néron de la pire espèce. Est-ce que les dangers ainsi que les agissements de l'ostracisme ont, pour autant, disparu de l'esprit des novices dictatoriaux ? A l'évidence pas encore

A ce propos, d'ores et déjà, le représentant autoproclamé, du conseil de transition de la Libye libérée, avait-il hâtivement voire maladroitement insinué, a moins qu'il s'agirait des calculs politiciens momentanés ou alors franchement d'une bourde de plus, nous semble-t-il, annoncée dans un discours emphatique avisant que les anciennes lois, concernant la place de la femme au sein de la société Libyenne, vont être revues et si nécessaire rectifiées dans le sens traditionaliste pseudo religieux.

Ainsi, après avoir libéré le pays au prix de lourds sacrifices, consentis notamment par des jeunes gens dont les splendides femmes, la révolution au pays des lilas pourrait se retrouver face aux anciens/nouveaux défis existentiels qui ont, justement, provoqué le ras-le-bol des Libyens et Libyennes contre l'ancien régime ayant atteint ses limites. En effet, la révolution Libyenne aurait atteint seulement un de ses objectifs principaux : la chute du dictateur. Le reste est à venir

Est-ce que Carthage, du nom d'une célèbre reine venue du Liban pays du Cèdre, va encore subir l'ostracisme rétrograde qui avait mené à sa destruction plusieurs fois ? L'Histoire pourrait se répéter, certes, mais jamais modifier son cours. En aucun cas. Donc, a titre d'illustration, en Tunisie, le taux de participation au vote du 23 octobre a atteint des records. Un score sans appel. Ainsi, cela confirme le haut niveau de maturité d'une importante partie du peuple tunisien héritier des Carthaginois. Espérons que la Libye, contrefort des carthaginois, ferait la même chose. Elle aussi a beaucoup de choses à partager avec Carthage la phénicienne. D'ou le nom de la Libye et celui de? Tripoli

La Femme, tunisienne et libyenne, est pour beaucoup de choses dans ce résultat édifiant à plus d'un titre. Pour preuve, quelques associations féminines tunisiennes ont décidé, avant la proclamation des résultats, de manifester leur joie quelque soit le/ou les partis qui sortiront vainqueurs des urnes. Et, à l'occasion, revendiquer plus de libertés collectives et individuelles. En d'autres termes, la révolution va continuer inébranlablement son chemin. Avec d'autres suffrages car ceux actuels ne peuvent l'exprimer parfaitement le parfait

En revanche, le Parti d'Ennahda aurait menacé avant ledit scrutin (manœuvré à toutes fins utiles en quelque sorte) que s'il n'obtient pas la majorité absolue, qu'il manifestera dans les rues des villes et villages. Cela nous fait rappeler l'Algérie des années 1990. Certainement, le peuple Tunisien, et la Nahda avec puisque elle a obtenue un bon score en fin de compte, éviteront ces impasses sordides.

D'autant qu'il s'agit d'une révolution réussie, en Tunisie ou un parti islamiste et deux partis de gauche ont la majorité absolue, et non avortée comme par exemple en Algérie, d'octobre 1988 car il manquait l'essentiel : des objectifs démocratiques clairs que le peuple espère atteindre un après un. Au lieu de s'auto satisfaire, en vrac, du peu d'acquis en termes de changements obtenus, de surcroît, après des hécatombes annihilant, hélas, tout désir d'aller plus lois avec des débats émancipateurs, avortés d'une manière ou d'une autre. Une situation pitoyable à en pleurer.

L'AUTOSATISFACTION CACHE SOUVENT UNE DÉFICIENCE DU DESIR AFIN DE BOULEVERSER L'ETAT DES CHOSES

Effectivement, il existe des peuples qui, par le biais de leurs élites notamment politiques au comportement de l'Autruche, avancent des justifications tronquées et raisons infondées, nous semble-t-il, qu'ils sont en face a des difficultés infranchissables et qu'ils se retrouvent impuissants à poursuivre la longue marche de la Liberté

En plus, les régimes, en place dans ces pays, arguent que les libertés individuelles et collectives existent a satiété en termes d'informations mais indigentes voire ridicules et de bas niveau ; d'autant, ajoutent-ils entre autres, que les gens vivent heureux, matériellement voire moralement, et, donc, nul besoin pour eux de tenter le diable ainsi perçoivent-ils les vertus de la libre pensée, de choisir ses dirigeants, et son corollaire surveillant et contrôleur qui est : la Démocratie. Les empereurs romains détestaient Carthage car elle représentait une certaine idée de la Démocratie.

Carthage, la catin ainsi qualifiée par les empereurs romains successifs, incarnait une menace pour tous les despotes du pourtour de la méditerranée. D'après les Historiens, des alliances ont été scellées puis descellées à cause du mode de vie ainsi que celui du sens de la modération de la gouvernance carthaginoise tout a fait opposée a celle des barbares du nord de l'Europe de l'époque.

En effet, la pyramide de la gouvernance carthaginoise n'était pas tellement différente des systèmes de gouvernance démocratique actuelle, est charpentée autour de trois pouvoirs. En tête l'assemblée des sages, jusqu'à 300 élus de la noblesse, et fidèles au culte de leurs ancestraux dieux orientaux. Ensuite le militaire et l'exécutif et enfin les assemblées locales gérants les affaires des cités.

En ce qui concerne son rival, l'empire romain, il était plutôt axé sur la puissance des centurions officiers natifs de la région de Rome et adorateurs des dieux gréco-romains. Les carthaginois préféraient les batailles en mer car ils possédaient une armada marine redoutable construite a base du cèdre renforcé avec du bronze, tandis que les romains favorisaient celles au sol.

Après plusieurs guerres dites puniques, les romains ont eu le dessus grâce à la collaboration des tribus locales sous la conduite d'une myriade de chefs des clans romanisés progressivement. Ainsi, l'Histoire nous enseigne que l'autosatisfaction, des peuples confiants exagérément à leur ossature militaro économique, annihile tout changement salutaire, et d'une meilleure prise de conscience, dans le sens souhaité.

Aujourd'hui, après des brassages culturels de toutes sortes, les héritiers de Carthage la punique, se retrouvent face à leur Histoire et, subséquemment, aux défis liés a leur devenir qu'ils souhaitent bâtir autour de la sincérité et non les amalgames et les déclarations, a la langue fourchue, que ce soit de type religieux ou idéologique

LA LANGUE FOURCHUE DES ADEPTES DISSIMULES DU PARTI DESTOURIEN DEPASSE TOUTES LES LIMITES DE BIENSEANCE

A l'évidence, les médias, à l'image de la chaîne télévisuelle tunisienne Nessma, de par leurs bourdes relatives aux croyances cultuels des gens, favorisent les adeptes de la politique bâtie autour du religieux ainsi que l'exclusion ennemie mortelle de la Démocratie. Cela s'est déjà passé chez nous, durant la décennie 1990, avec les conséquences que l'on sait.

En Algérie, tout le monde se rappelle de ces «sensibilités politiques», militants de l'ex parti unique, qui ont lancé des partis genre «sanafir» brouillant exprès la scène politico médiatique en faveur de l'ex parti religieux raflant la majorité des votants et dissous par la suite. Au prix d'hécatombes qui ont marqué la mémoire collective du pays

Aussi, il serait utile de rappeler que des militants, de l'ex parti unique Algérien avec ses soi-disant sensibilités, ont rejoint les rangs de celui nommé précédemment. A l »image des marchands de friperies, regroupés sous la houlette d'un magnat genre bagarra, comme le disait un ami lecteur du Quotidien d'Oran de jeudi passé.

Les militants tunisiens de l'ex parti destourien ont fait de même avec Ennahda qui, pour sa part, n'a pas rechigné de les accepter. Comme en Algérie ! Ils interviennent devant les plateaux de la télévision. Ils analysent voire encensent les courages des manifestants de janvier 2011 et les acquis de la révolution ; ils offrent effrontément le diadème de sa réussite a la jeunesse, etc., etc. Comme en Algérie !

Malgré que notre Histoire contemporaine, liée a la décennie 1990, pourrait se répéter en Tunisie, du fait de ces quelques similitudes ci-dessus décrites succinctement, la révolution du jasmin triomphera en fin de compte sur les odeurs nauséabondes émises en opportunisme du parti destourien ligué a l'obscurantisme religieux car, désormais, elle est devenue l'exemple a suivre pour tout le monde arabe.

Ainsi, elle n'a pas le droit a l'erreur, ni se recroqueviller autour du mythe de Carthage, encore moins avoir ce droit de décevoir les nouvelles générations du Golfe a l'Atlantique. Alors, que celles-ci vivent d'ores et déjà carthaginoises. Et surtout qu'elles soient vigilantes plus que jamais. Les ruines de Carthage en témoigneront !!!