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Le
Maroc est à son tour atteint par le vent de la contestation qui secoue le monde
arabe. Dimanche, des milliers de citoyens du Royaume sont descendus dans la rue
à Rabat, Casablanca et d'autres villes du pays. Les manifestants ont demandé
tout à la fois la démission du gouvernement, la dissolution du Parlement et une
révision de la constitution par laquelle les pouvoirs du Roi seront limités.
Des incidents ont émaillé certains des rassemblements ou défilés dont le royaume a été le théâtre. Mais dans l'ensemble, la contestation s'est exprimée pacifiquement parce que le Trône et le Makhzen ont eu l'intelligence de ne pas recourir à la répression brutale, comme ce fut le cas ailleurs au Maghreb et au Moyen-Orient. Cela étant, l'on ne peut plus désormais affirmer que le Maroc est à l'abri du mouvement de contestation qui fait tache d'huile dans la région. Il n'est pas «l'exception» que des analystes favorables à la monarchie alaouite se sont évertués à faire valoir en surfant sur les prétendues réformes démocratiques qu'aurait déjà réalisées Mohammed VI. Pour les milliers de manifestants ayant participé aux marches et rassemblements dans le Royaume, il est clair que les «réformes» dont se créditent le Trône et son Makhzen ont maintenu en l'état le système de gouvernement du pays, producteur d'autoritarisme, d'injustice et de corruption. Ils l'ont fait savoir en exigeant tout à la fois une révision de la constitution dans le sens de l'instauration d'une monarchie constitutionnelle où les pouvoirs du roi seront limités, la démission du gouvernement et la dissolution du Parlement. Les manifestations n'ont pas donné l'impression d'être dirigées contre la monarchie en tant que telle. Le roi a par conséquent encore la latitude d'éviter à son pays le scénario d'une insurrection populaire en prenant acte de la revendication exprimée par ses sujets, de faire de cette monarchie une institution constitutionnelle respectueuse de la souveraineté populaire. Mohammed VI, que l'on présente comme étant un souverain «moderniste», acquis au changement novateur positif, donnera-t-il suite à la demande populaire que lui ont fait entendre les manifestations de dimanche, ou va-t-il faire le sourd et rompre ainsi avec son peuple ? Peu avant ces manifestations, et en réaction à la mobilisation qui en annonçait la survenue, d'inquiétantes déclarations ont été faites par le Premier ministre du Royaume et d'autres membres du gouvernement. Elles laissaient entendre que l'agitation contestatrice dans le Royaume qui se dessine est orchestrée en sous-main par l'Algérie et le Front Polisario. Rien ne dit par conséquent que le Trône et le Makhzen ne seront pas tentés d'user de la vieille ficelle de l'ingérence étrangère, en l'occurrence algérienne, pour faire taire cette contestation. Sauf que dans le climat extrêmement tendu qui prévaut tant au Maroc qu'en Algérie, toute nouvelle tension venant à se produire dans les relations entre les deux pays conduirait à de graves dérapages. Ce n'est pas dans une confrontation entre les deux pays que se trouve la réponse aux revendications qui font bouger leurs peuples respectifs. Les deux régimes au pouvoir seraient bien inspirés de ne pas se laisser aller à la fuite en avant qui consisterait à provoquer cette confrontation. Elle sonnerait inéluctablement leur glas. |
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