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Hillary Clinton cherche-t-elle à se «rattraper»?

par Kharroubi Habib

La visite de travail qu'effectue aujourd'hui et demain à Washington M.Mourad Medelci à l'invitation de la secrétaire d'Etat américaine, Mme Hillary Clinton, mérite assurément le qualificatif «importante» dont elle a été gratifiée dans le communiqué par lequel notre ministère des Affaires étrangères en a fait l'annonce. Importante, non pas, comme a cru bon de l'expliquer le MAE, parce qu'elle «entre dans le cadre du renforcement du partenariat solide qui existe entre l'Algérie et les Etats-Unis», mais en tant qu'opportunité qui va permettre aux deux parties d'échanger sur les raisons qui font qu'il y a comme un froid et de la crispation dans les rapports algéro-étasuniens depuis l'installation de Barack Obama à la Maison Blanche.

 Froid et crispation que les officiels des deux bords récusent en mettant en avant la densité de leurs rencontres et contacts, de même que l'importance sans cesse accrue des échanges commerciaux et du partenariat économique entre les deux pays. Ce qui, tout en étant vrai, n'empêche pas que leurs relations au plan politique ne sont pas aussi sereines que pourrait le laisser croire leur solide coopération économique. Il est manifeste qu'à ce niveau, la relation entre Alger et Washington est loin d'être dans l'excellence, comme c'est le cas pour leur partenariat commercial et économique.

 Les sujets qui fâchent en la matière ne manquent pas et c'est pour cela que la visite de Mourad Medelci mérite son qualificatif d'«importante», du moment qu'elle va lui permettre «des entretiens de fond avec son homologue sur l'état de la relation bilatérale et des consultations approfondies sur les questions politiques internationales d'intérêt majeur».

 Ce n'est pas par routine diplomatique que la secrétaire d'Etat américaine a invité à Washington Mourad Medelci. Elle a voulu le rencontrer pour jauger des divergences et des incompréhensions qui se sont installées dans les rapports algéro-américains sur des dossiers aussi importants et délicats que sont ceux de leur coopération sécuritaire, du Sahara Occidental, du Proche-Orient et de l'Iran. Ce n'est pas un simple hasard du calendrier si le ministre des Affaires étrangères est invité à Washington peu de temps après que Mme Clinton eut proféré à Marrakech, au Maroc, d'ambiguës considérations sur la question sahraouie, dont elle a été parfaitement renseignée de l'impact négatif qu'elles ont eu en Algérie, même si les officiels du pays se sont gardés de les commenter.

 L'on peut donc avancer avec raison que dans l'invitation faite à son homologue algérien à la rencontrer à Washington, il y a l'intention chez la secrétaire d'Etat américaine de «rattraper» ce qui a irrité les autorités algériennes dans sa sortie de Marrakech et, par la même occasion, tenter d'aplanir les «différends» qui éloignent les visions des diplomaties des deux pays sur les autres problèmes de politiques internationales.

 De l'explication qu'auront en la circonstance Hillary Clinton et Mourad Medelci dépendra la nature de la relation politique à venir entre les Etats-Unis et l'Algérie. Pour l'heure, celle-ci n'est pas du niveau de convergence qui favoriserait l'instauration d'un partenariat stratégique, comme les milieux officiels des deux pays se plaisent à déclarer vouloir qu'il en soit ainsi.