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La Françafrique, encore et encore...

par K. Selim

Au Gabon, tout était annoncé avant le vote. La victoire du fils d'Omar Bongo, qui disposait de l'argent, des rouages de l'Etat avec tous ses démembrements et surtout d'un volant substantiel d'électeurs fantômes injectables dans le résultat final, ne surprendra que ceux qui font semblant - et il n'en manque pas - de croire que tout s'est déroulé «normalement».

 Une partie des Gabonais, qui ne supportent plus de rallonge à un clan Bongo qui a accaparé pendant plus de quatre décennies un pays riche - où la majorité est pauvre -, ont un bien autre avis. Ils savaient que les dés étaient pipés dans un pays de 1,3 million d'habitants, où le corps électoral dépasse incroyablement les 800.000 électeurs. Rien ne devait au fond changer au Gabon, même si l'on pressent que les Gabonais sont humains et lucides et qu'ils auraient bien aimé en finir avec 42 ans de prédation. L'opposition n'avait pas les moyens d'imposer une transition qui aurait permis de remettre un peu de neutralité dans l'Etat et surtout de nettoyer des listes électorales incroyablement gonflées.

 De l'extérieur, elle ne pouvait escompter sur aucun soutien, bien au contraire. Beaucoup de Gabonais, opposants ou simples citoyens, accusent la France, par intérêt, d'avoir joué un rôle dans la cession en «héritage» du Gabon au fils d'un président hautement caricatural de la «Françafrique».

 Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, qui n'a pas aimé que des Gabonais en colère mettent le feu au consulat français à Port-Gentil, a martelé : «La France n'est pas intervenue, la France n'avait pas de candidat, la France n'a pas de candidat». Combien de Gabonais croient que Paris a été un observateur «neutre» dans ce coup de force électoral ? Les liens officiels ou officieux entre Paris et le clan Bongo sont suffisamment évidents pour que beaucoup de Gabonais ne doutent pas que Ali Ben Bongo était le candidat de la France. Il n'est pas nécessaire de revenir ici sur ce que le président de l'association Survie a appelé «les intrications d'intérêt des Français avec le clan Bongo». Le simulacre d'élections au Gabon montre clairement que Paris n'a pas encore l'intention d'enterrer la Françafrique.

 M. Bernard Kouchner s'en tient aux formes : ni son département, ni l'Elysée n'a officiellement soutenu que Ali Ben Bongo est le «candidat de la France». Cela ne se passe pas ainsi et il le sait. En réalité, dans le cas du Gabon, les formes n'ont même pas été sauves. Au Gabon, où l'on connaît Robert Bourgi mieux que le secrétaire d'Etat à la Coopération Alain Joyandet, on aura retenu son engagement franc en faveur de Ben Bongo. Robert Bourgi s'est plu à dire au journal Le Monde: «Au Gabon, la France n'a pas de candidat, mais le candidat de Robert Bourgi, c'est Ali Bongo. Or, je suis un ami très écouté de Nicolas Sarkozy. De façon subliminale, l'électeur le comprendra».

 M. Kouchner n'a pas eu la présence d'esprit de faire taire Bourgi - le pouvait-il ? -, qui a bien décidé que la France avait un candidat. «Est-ce neutre que laisser Robert Bourgi, conseiller notoire de Nicolas Sarkozy pour la diplomatie parallèle (...), soutenir Ali Bongo ?», s'est demandé l'association Survie. Ce n'est même pas une question.