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La piste de la douteuse convergence D'intérêts

par Kharroubi Habib

Le battage fait par les médias français autour de la pseudo-révélation du général à la retraite François Buchwalter, imputant la mort des moines de Tibehirine en 96 à «une bavure» de l'armée algérienne, n'a guère ému chez nous la «famille révolutionnaire». Elle pourtant si prompte à s'enflammer et à sortir la grande batterie à chaque fois que l'Hexagone s'aventure à ouvrir un dossier impliquant l'Algérie.

Il faut croire que le silence officiel observé sur cette «révélation» a chloroformé sa réactivité et tempéré son indignation nationalo-patriotique. Pourtant, la «révélation», telle que rapportée par l'ex-attaché de défense à l'ambassade de France en Algérie, avait de quoi heurter le patriotisme en bandoulière qu'affiche la faune de ce marigot. Car le militaire français, outre d'avoir fait endosser à l'ANP la mort des 7 moines, a clairement donné à comprendre que les services spéciaux de son pays ont agi en Algérie en territoire ouvert et à l'insu de l'Etat algérien. Et qui plus est, il se serait trouvé des officiers algériens qui lui ont confirmé la version de la «bavure» telle que retracée dans sa «révélation». Ce sont là des assertions qui auraient dû révulser ce milieu et enflammer son indignation.

A part le RND qui a manifesté la sienne, et encore sans la véhémence qui est traditionnellement de mise quand il s'agit ici de répliquer aux atteintes à la souveraineté nationale qui sont lancées de temps à autre par des médias ou des acteurs politiques français, il n'y a eu que la presse algérienne pour engager la polémique.

Il faut croire alors que le mutisme de nos patriotes autoproclamés leur a été imposé. Si, comme on peut le penser, c'est une injonction qui en est la cause, on ne peut faire l'impasse sur les interrogations qu'elle suscite. Celle de savoir pourquoi l'Algérie officielle a opté pour le profil bas face à des «révélations» qui présentent l'Etat algérien et son armée sous un aspect dévalorisant. Un tel comportement a enhardi le président français qui, après avoir crûment accusé de mensonge notre pays, a soutenu péremptoirement que «cette affaire n'est pas de nature à affecter les relations franco-algériennes».

En a-t-il reçu l'assurance à partir d'Alger ? Si c'est le cas, alors la réouverture du dossier de la mort des moines de Tibehirine n'a pas pour objectif de solder uniquement un compte franco-français, mais un autre, algéro-algérien celui-ci.

Est-ce un hasard si les deux principales personnalités ayant été peu ou prou mêlées à cette affaire, le Français Alain Juppé et l'Algérien Ahmed Ouyahia, chacun en tant que chef du gouvernement de son pays à l'époque des faits, sont aujourd'hui perçus chez eux comme de possibles alternatives pour les prochaines élections présidentielles françaises et algériennes ?

Le coup bas politique à leur encontre n'est pas à évacuer par conséquent. Un coup qui, sans les viser directement en apparence, les éclabousse néanmoins en faisant placer le doute sur leur innocence dans les faits qui ont conduit à cette tragédie que fut la mort des sept moines de Tibehirine. Ce n'est la première fois que les rapports des pouvoirs en place à Paris et Alger sont soupçonnés d'être confortés par de douteuses et cyniques convergences.